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Il y a en nous un flux qui nous porte, mais qui est tel pourtant que nous n’avons l’impression assurée de le suivre que si c’est nous-même qui le faisons jaillir. Ainsi la vocation est une réponse à l’appel le plus intime de mon être secret, sans que rien s’y substitue qui vienne ou de ma volonté propre ou des sollicitations que je reçois du dehors. Elle n’est d’abord qu’une puissance qui m’est offerte ; le caractère original de ma vie spirituelle, c’est de consentir à la faire mienne. Elle devient alors mon essence véritable.

On peut manquer à sa vocation faute d’attention pour la découvrir ou de courage pour la remplir. Mais on ne la découvre pas si on oublie que chacun a la sienne et qu’il lui appartient aussi de la trouver. Et on ne la remplit pas si on ne lui sacrifie tous les objets habituels de l’intérêt ou du désir. Il arrive qu’on n’en sente la présence que quand on lui est infidèle.

Il y a le danger le plus grave à imaginer que cette vocation est lointaine et exceptionnelle, alors qu’elle est toujours proche et familière, et enveloppée dans les circonstances les plus simples où la vie nous a placé. Il s’agit pour chacun de nous de la discerner dans les tâches mêmes qui lui sont proposées, au lieu de les mépriser et de chercher quelque destinée mystérieuse que nous ne rencontrerons jamais.

La vocation ne se distingue par aucune marque extraordinaire qui soit le signe de notre élection : et elle demeure invisible, bien qu’elle transfigure les plus humbles besognes de la vie quotidienne. C’est parce qu’elle est le sentiment d’un accord entre ce que nous avons à faire et les dons que nous avons reçus qu’elle est pour nous une lumière et un soutien. Avec elle, chacun naît à la vie spirituelle, chacun cesse de se sentir isolé et inutile. Ainsi elle ne nous dispense pas, comme on pourrait le penser, de vouloir et d’agir : au contraire, elle charge nos épaules d’un immense fardeau ; elle doit nous rendre prêt à accepter toujours quelque obligation nouvelle, à toujours nous engager sans jamais attendre.

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