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Celui qui cherche dans l’indifférence une défense contre la douleur ne tarde pas à reconnaître son erreur. Car il n’échappe point à cette douleur qui le poursuit. Ou plutôt, elle prend une forme plus subtile qui ne lui laisse plus aucune ressource. Car il a évité maintenant tous les maux qui pouvaient lui arriver du dehors, mais c’est pour trouver en lui un mal pire qui naît de l’impossibilité même où il est d’échapper à soi. Ainsi, au moment où il se croyait à l’abri dans une citadelle inexpugnable, il y demeure enfermé avec un ennemi qu’il n’avait point prévu. C’est la conscience même qu’il a de lui qui devient pour lui un supplice secret. Alors son angoisse se change en détresse et celle-ci en désespoir. Car c’est un élargissement de lui-même qu’il demandait au monde ; et il ne recevait que des blessures. Aussi a-t-il voulu rompre tout commerce avec le monde et il a cru qu’il retrouverait son essence véritable dans le recueillement de la solitude. Mais ce qu’il retrouve, c’est un amour-propre dépouillé et frustré, un égoïsme qui demande tout et qui ne reçoit plus rien et qui ne sait que faire de ce qu’il possède. Il sent le poids du temps qui tombe sur lui goutte à goutte sans qu’aucune action lui permette de l’employer, sans qu’aucune espérance lui permette de le remplir. Il éprouve dans son cœur une sorte de détresse qui est le sentiment de son impuissance infinie. Sa propre faiblesse lui devient sensible au moment où, n’ayant plus rien qui lui fasse obstacle, sa volonté ne trouve plus rien où elle puisse s’exercer. Ce qui lui reste, c’est ce sentiment amer et désolé de lui-même qui ne s’oublie jamais dans l’action et qui, dans l’indifférence suprême où il pensait s’élever, pèse sur lui du poids d’une chaîne qui l’accable et qu’il traîne.

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