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Tout le monde cherche une défense contre la douleur. Et le plus sûr moyen de l’éviter c’est de ne pas agir : car l’action nous expose à tous les échecs et toutes les expériences que nous faisons dans le monde sont traversées de douleur et de joie mêlées, avec un triomphe de la douleur qui finit toujours par survenir. L’inaction au contraire garde notre être intact ; elle ne le compromet pas dans ces épreuves, elle ne l’use pas dans ces combats. Mais le garder intact et pur c’est l’empêcher de vivre. C’est l’essence même de la vie de courir des risques et d’engager tout ce que l’on possède avec confiance dans les jeux du monde et du hasard, non pas pour accroître son avoir, mais pour le livrer sans trêve à toutes les aventures qui le peuvent transformer. Et cette transformation, c’est le miracle même de la vie spirituelle. Mais celui qui veut éviter de souffrir, celui-là ne peut éviter de souffrir toujours. Car l’action qui remplit et déborde ne lui laisse pas le loisir d’observer et de déplorer ses propres maux ; ou du moins elle leur donne un sens ; elle en fait l’instrument de quelque bien, au lieu que celui qui se retire du monde et de l’action ne peut plus se délivrer du souvenir de ses blessures ; il continue d’en éprouver la morsure ; et c’est une nouvelle blessure pour lui de penser qu’elles lui ont été données en vain, qu’elles ne l’ont rien enrichi, qu’elles l’ont contraint seulement à se retrancher dans une solitude appauvrie et diminuée.

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