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L’indifférence cherche donc le refuge de l’absence ; elle veut se délivrer du besoin et devenir étrangère à tous les soucis du monde. Mais elle se découvre elle-même comme un vide intolérable, ou bien elle est ramenée forcément vers le monde par la nécessité. Ainsi elle porte en elle le besoin d’une rupture qu’elle consomme et d’un retour qu’elle ne peut empêcher. Alors elle ne se console plus de cette alternance et elle cède à l’ironie et au mépris. Elle se raille de tout ce dont elle a besoin. Elle abaisse tout ce qu’elle est incapable d’atteindre. Elle habite une sphère où elle reste seule, où tous les objets l’effleurent sans qu’elle les veuille reconnaître. C’est l’amour-propre désormais qui gouverne toutes ses démarches. Mais cet amour-propre est amer et déçu. Il se protège par des refus. Quand on possède la véritable richesse, on ne la défend point ; on est toujours prêt à recevoir et à donner : on ne craint ni de perdre ni d’acquérir. Mais il y a en nous une indifférence misérable qui est née de la crainte de souffrir et qui, elle-même, ne cesse de souffrir parce qu’elle a toujours peur d’engager le peu qu’elle possède et qu’elle sent toujours menacé. Qu’est-ce que cette indifférence sinon une timidité, une faiblesse qui se cache et se déguise parce qu’elle craint d’être découverte ? Au lieu de se risquer comme la force véritable, elle évite l’épreuve, et, dans cette retraite même où elle s’enferme, elle ne peut éviter un sentiment d’insuffisance et d’humiliation. Celui qui se refuse n’est pas celui qui se possède, mais celui qui sent qu’il n’a rien, et dont le moi, réduit à lui-même, est toujours blessé de se sentir si pauvre et si nu.

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