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Dans l’oubli la conscience ne se distingue plus du monde : elle s’engouffre en lui et se laisse submerger par lui. Sa personnalité n’est qu’une apparence qui reflète indéfiniment toutes les forces de la nature. Et celles-ci composent pourtant un déterminisme qu’aucune action qui nous soit propre n’est capable de rompre. Aussi l’oubli de soi est-il souvent voisin du désespoir : on peut du moins dire qu’il s’achève dans le désespoir quand nous assistons, sans pouvoir rien pour la retenir, à la dissolution d’une personnalité qui nous échappe et dont nous avions fait jusque-là notre unique souci. Il n’y a plus désormais pour nous d’autre présent que le présent du monde, qui finit par nous emporter. Car ce présent n’est point devenu pour cela le nôtre : c’est la conscience que nous avons de nous-même qui, en s’affaiblissant, nous livre aux seules impulsions du corps et de l’univers ; nous sommes désormais sans défense contre toutes les émotions. Il n’y a plus de différence entre le moi et le réel ; et notre conscience a cessé d’être la conscience de nous-même et de notre destinée pour n’être plus que le témoin passif et douloureux d’une expérience devenue tout entière passive, où toutes les sollicitations extérieures qui nous arrivent nous accablent et nous anéantissent.

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