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La sensibilité abolit la séparation, mais non point la distinction entre l’individu et le Tout. Elle est le témoignage de leur présence mutuelle. Elle produit entre eux les plus subtiles communications. De l’un à l’autre elle suscite tout un jeu d’appels et de réponses qui ne s’épuisent jamais, sur lequel aucune habitude n’a prise et qui attache notre vie au réel par des liens si étroits et si vifs que la connaissance en comparaison paraît abstraite et décolorée.

Il n’y a que la sensibilité qui nous révèle l’appartenance, le point de conjugaison entre l’univers et nous. Elle est la rencontre vivante de ce qui vient de nous et de ce qui vient de lui. Dans ses formes les plus hautes, elle exprime, comme on le voit par la joie et par l’amour, un accord entre l’activité et la passivité de notre âme, entre ce qu’elle désire et ce qui lui est donné.

On a observé parfois que, dans le progrès de la vie à la surface de la terre, les êtres qui l’ont emporté à la fin n’ont pas été les plus forts, les plus violents et les plus brutaux, car le sol que nous foulons en est aujourd’hui l’ossuaire, mais ces êtres frêles et sensibles, aux os légers et minces, qui existaient à l’âge de la pierre, qui trouvèrent de bonne heure un fragile équilibre entre leurs besoins et les forces naturelles : attentifs à toutes les sollicitations du dedans et du dehors, incapables encore de distinguer entre une invention de la pensée et une suggestion de l’instinct, ils semblaient pressentir dans leur conscience naissante que la vie du corps n’était que le prélude de la vie de l’esprit, qu’elle devait supporter celle-ci et qu’elle lui serait un jour sacrifiée.

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