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Il faut percer le cœur d’une épée, dit Luc, pour découvrir ses pensées les plus profondes. Mais il n’y a que l’innocence qui y parvienne. On a bien tort de dire qu’elle ne voit pas le mal : elle déchire tous les voiles de l’amour-propre ; elle met tout notre être à nu. Mais il en est ainsi de la vertu, qui, comme le veut Platon, connaît le vice et la vertu, tandis que le vice ne connaît que le vice.

La sincérité consiste dans une certaine hardiesse tranquille par laquelle on ose entrer dans l’existence, tel que l’on est. Mais une double crainte la retient presque toujours : celle du pouvoir même dont on dispose et de l’opinion à laquelle on s’expose. C’est le passage du monde secret dans le monde manifesté qui crée notre perplexité.

Mais c’est trop s’occuper des apparences. Si je suis au-dedans ce que je dois être, je le serai aussi au-dehors. Cela demande, il est vrai, un dépouillement dont je ne suis pas toujours capable. Je ne reçois pas toujours assez de lumière. Je n’ai pas toujours assez de présence à moi-même. Je ne suis pas toujours prêt à parler, ni à agir. Il faut souvent que je sache attendre. Et la sincérité demande beaucoup de réserve et beaucoup de silence.

La seule considération du jugement d’autrui paralyse tous nos mouvements : elle nous rend honteux de cela même qui fait notre supériorité, si elle est contestée ou n’est pas reconnue. Mais, dans la solitude, il faut agir comme si l’on était vu du monde entier, et quand on est vu du monde entier, agir comme si l’on était seul. Bien plus, la vanité elle-même, si elle était assez grande, ne pourrait plus se contenter de l’apparence, qui suffit presque toujours à la nourrir : elle devrait s’annihiler elle-même dans l’infinité de sa propre exigence, et ne trouver d’autre satisfaction que celle qu’une sincérité parfaite pourrait lui donner. C’est d’une vanité encore faible et misérable que d’accepter que l’apparence puisse aller au-delà de l’être ; mais il lui appartient de se dépasser sans cesse, et même de se renverser dans son contraire, c’est-à-dire de refuser précisément que l’être puisse jamais être inégal à l’apparence.

Il y a deux sortes d’hommes : ceux qui n’ont d’oreille que pour l’amour-propre, et ne songent jamais qu’à l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes, et ceux qui ne soupçonnent pas qu’il existe une telle image, ni qu’elle puisse différer de ce qu’ils sont.

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