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Le devoir le plus haut, la difficulté la plus subtile, la responsabilité la plus grave, c’est d’être tout ce que l’on est, d’en assumer toute la charge et toutes les suites. La franchise m’affranchit en me donnant ce courage. C’est le mensonge qui me lie.

Le propre de la conscience, c’est de m’obliger à prendre possession de moi-même. Et cette prise de possession ressemble à une création puisqu’elle consiste à réaliser un être possible, dont la disposition m’est pour ainsi dire remise. Mais rester à l’état de possible, c’est ne pas être. Je pourrais donc ne pas être, ne pas accepter cette existence qui m’est sans cesse offerte. Mais je ne puis devenir autre que je ne suis. Il est contradictoire que je devienne un autre sans être moi-même aboli. Le mensonge est le refus par le moi de son être même.

Être ce que l’on est, il n’y a rien sans doute qui soit plus difficile pour l’homme qui a commencé à penser et à réfléchir, à faire la moindre distinction entre sa nature et sa liberté. Suivra-t-il seulement sa nature alors que pourtant il la juge, en gémit souvent et parfois la condamne ? Ou bien mettra-t-il sa confiance dans son pouvoir de juger et dans sa liberté d’agir, comme s’il n’avait plus de nature ? Mais la nature ne se laisse pas oublier : il ne suffit pas de la mépriser pour la réduire au silence. C’est elle qui met à notre disposition toutes nos puissances ; la sincérité les discerne et les met en œuvre.

Être sincère, c’est descendre au fond de nous-même pour y découvrir les dons qui nous appartiennent, mais qui ne sont rien, sinon par l’usage que nous en faisons. C’est refuser de les laisser sans emploi. C’est empêcher qu’ils ne demeurent enfouis au fond de nous-même dans les ténèbres de la possibilité. C’est faire qu’ils se produisent à la lumière du jour et qu’ils accroissent aux yeux de tous la richesse du monde, qu’ils soient comme une révélation qui ne cesse de l’enrichir. La sincérité est l’acte par lequel chacun se connaît et se fait à la fois. Elle est l’acte par lequel il porte témoignage pour lui-même et accepte de contribuer, selon ses forces, à l’œuvre de la création.

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