Aller au contenu

C’est l’homme qui a le plus d’esprit qui risque le plus facilement de devenir le comédien de lui-même. Il ne se contente jamais de ce qu’il trouve en soi. Il ne cesse de l’altérer en le repensant. Son être véritable est toujours pour lui en deçà ou au-delà de son être présent ; il ne parvient jamais à distinguer ce qu’il imagine de ce qu’il sent. Il trouve en lui mille personnages. Il conçoit mille possibilités qui dépassent de toutes parts la réalité telle qu’elle lui est donnée. Il a besoin d’un effort pour se tourner vers elle, attacher sur elle son regard et la serrer d’assez près, alors qu’il suffirait souvent d’un peu de simplicité et d’un peu d’amour pour y parvenir sans l’avoir voulu.

C’est que, lorsque je me regarde moi-même, un autre est là, qui est ce spectateur auquel je me montre et qui est toujours semblable à un spectateur étranger auprès duquel je ne fais jamais que paraître : je ne suis plus un être, mais une chose, une apparence que déjà je compose.

Le dialogue de Narcisse ne peut pas aller sans une duplicité : être double, c’est la conscience même. Et cette distance entre ce que je suis et ce que je montre est le produit de la réflexion et de l’effort que je fais pour être sincère. De telle sorte que je n’ai jamais l’impression d’y réussir. Ainsi, la sincérité est toujours un problème et nul ne peut juger ni de celle d’autrui, ni de la sienne.

Supprimer le surlignage