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Dans la cellule de la conscience de soi, le soi est enfermé comme dans une prison. Il souffre de ne pouvoir ni s’arracher à lui-même ni se délivrer de lui-même. Il est toujours seul, et pourtant il est la puissance de communiquer avec tout ce qui est. C’est ce qui fait de lui un esprit. Mais cette puissance de communiquer, il reste seul à la connaître et seul à l’exercer. On peut dire à la fois qu’elle rompt sa solitude et qu’elle l’approfondit.

Il ne faut jamais mettre trop de complaisance dans la conscience de soi. Autrement, elle fortifie en nous l’inquiétude et le désir : elle convertit l’être et la vie en des objets que l’amour-propre veut posséder et dont il demande à jouir. Mais ce n’est point là descendre jusqu’à la racine même de l’être et de la vie. Dans cet intérêt exclusif qu’il montre pour lui-même, le moi pense se relever, mais finit par défaillir. Car il tient toute son existence de l’objet qu’il connaît et de l’être qu’il aime. Il faut donc qu’il sorte de soi pour connaître et pour aimer, c’est-à-dire pour se donner à lui-même cette existence qu’il avait d’emblée la prétention de saisir. Alors seulement il découvre le secret de la connaissance et le secret de l’amour.

Il arrive que la solitude soit pour nous une tentation et qu’il faille beaucoup d’artifice pour la maintenir et pour la défendre. Mais le sage ne cherche en elle qu’une sorte d’exercice spirituel qui doit prouver sa valeur et sa fécondité dans ces relations avec le dehors qu’elle avait paru d’abord abolir. Alors seulement nous apprenons à vivre comme nous imaginions qu’il fallait vivre quand nous étions seul. Si dans la solitude nous formons l’idée d’une société parfaite avec nous-même, avec l’univers et avec tous les êtres, c’est le retour dans le monde qui, par une sorte de paradoxe, en interrompant cette solitude, la réalise et l’oblige à porter son fruit.

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