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Narcisse est secret et solitaire.

Son erreur est subtile. Narcisse est un esprit qui veut se donner en spectacle à lui-même. Il commet ce péché contre l’esprit de vouloir se saisir comme il saisit les corps : mais il ne peut y parvenir et c’est son corps lui-même qu’il anéantit dans sa propre image. Cette image l’attire et le fascine : elle le détourne de tous les objets réels et il n’a plus de regard à la fin que pour elle.

C’est pour obtenir la jouissance de soi qu’il fait de lui-même une idole, afin de trouver devant lui cet objet dont il puisse jouir. Mais il n’y a que le rêveur qui puisse produire ainsi une image de lui-même ; et cette image à son tour périt avec son propre rêve.

Et le tragique de Narcisse, c’est que la fontaine lui impose cette effigie de lui-même qu’il n’a pas lui-même formée. C’est un produit de la réflexion, où la réflexion seule lui permet de se reconnaître, mais qui suppose un être qui se réfléchit, auquel il ne s’intéresse plus. Ainsi il perd le plus qu’il avait et le moins qu’il désire en échange lui est refusé. Mais l’acte le plus humble doit suffire à le délivrer de la misère où il est tombé et à lui rendre l’être qu’il a perdu. Telle est la moralité de son éternelle aventure.

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