La possibilité du mal apparaît comme une sorte de contre-épreuve de notre thèse : car, comme l'être exclut le non-être, le bien aussi exclut le mal, au lieu de l'appeler comme son contraire. L'être et le bien, si on les considère dans leur pureté, sont supra-relationnels : ils n'ont pas de contraire, ils ne posent leur contraire que pour l'abolir. Ce qui est le sens à l'égard de l'être de la formule de Parménide : le non-être n'est pas et, à l'égard du bien, de la toute-puissance de Dieu, à laquelle le mal n'oppose aucune résistance. Mais les contraires naissent de la participation elle-même grâce à une opposition relative de l'être en tant qu'il est participé, et de l'être en tant qu'il ne l'est pas, ou du bien en tant qu'il est assumé par une liberté et en tant qu'il est refusé par elle. Ainsi on voit que ce que chaque chose a de non-être et qui est l'effet de sa limitation est toujours l'être d'une autre, que le mal que chaque liberté a le pouvoir d'introduire dans le monde (et sans lequel le bien lui-même ne deviendrait jamais son bien) doit être toujours corrélatif d'un bien nié, empêché ou détruit. Aussi n'y a-t-il de mal que par une liberté particulière, dans la mesure où le bien, au lieu de lui être imposé, dépend d'un choix qu'elle doit recommencer toujours. Mais la primauté du bien éclate quand on voit que la liberté, en tant qu'elle choisit entre le mal et le bien, est elle-même un bien, que le mal même est toujours une volonté de négation à l'égard du bien, et qu'enfin il peut lui-même être converti en bien. On pourrait montrer que toutes les formes du mal, dans le monde donné, ont ainsi un caractère de destruction, ce qui est singulièrement instructif. Car la destruction du phénomène comme tel, en tant qu'il est une contre-partie de la participation acceptée, n'est elle-même que le signe d'un refus plus profond et qui est un refus de l'être à sa source même, ou plutôt d'un retournement contre l'être lui-même de l'être même qui est devenu le nôtre, — ce qui suppose une sorte de contradiction introduite au cœur de notre être lui-même qui cherche dans la négation de l'absolu à élever jusqu'à l'absolu sa propre relativité.