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Si la réalité est toujours niée au nom de la valeur, puisque le propre de la valeur c'est de ne pouvoir jamais être réalisée, cette négation elle-même implique l'affirmation de l'idéal. C'est au nom de l'idéal qu'elle est faite, tant il est vrai que la négation est toujours la contre-partie d'une affirmation qu'elle exclut. L'affirmation de l'idéal est impliquée dans la négation du réel exigée par la valeur. L'idéal, c'est donc la valeur elle-même en tant que non réelle ou que non réalisée, on pourrait ajouter en tant que ne pouvant jamais l'être et devant toujours l'être. L'on peut ainsi pousser l'antinomie des deux termes jusqu'à l'extrême et se contenter de définir le réel et l'idéal comme deux contradictoires qui s'excluent réciproquement. Mais ce sont seulement deux contraires. Entre eux, comme entre tous les contraires, il y a un chemin ; et comme le chemin entre deux universelles qu'on appelle contraires en logique réside dans l'affirmation de la particulière, il réside ici dans l'acte d'une liberté située elle-même au point de rencontre de l'idéal et du réel et qui essaie de réaliser l'idéal et d'idéaliser le réel. L'idéal, c'est le rappel de la valeur, c'est-à-dire une référence au bien, en tant que le propre de l'existence, c'est précisément de l'incarner. En fait, on ne peut même pas dire du réel ni de l'idéal qu'ils sont deux contraires au sens rigoureux du mot : ils ne le sont que par une vue simpliste qui, détachant le réel de l'activité d'où il procède et l'idéal de l'activité qu'il éveille, les cantonne dans deux mondes séparés. Cependant il n'y a pas de forme de réalité qui ne possède une certaine valeur pour notre esprit, dans la mesure où elle est une participation commençante, mais qu'il doit promouvoir indéfiniment. En ce sens l'idéal n'est point un domaine hétérogène au domaine du réel : il n'exprime rien de plus que cette impossibilité pour la participation de jamais s'interrompre, que cette exigence qui est en elle de reconnaître ses limites et de les dépasser sans cesse, que l'infinité de l'être dans lequel elle puise et qui se change pour elle en bien à partir du moment où, après s'en être séparée, elle essaie de le retrouver et de le faire sien. Ainsi le mot idéal n'apparaît plus comme étant simplement la négation de la réalité, c'est-à-dire du réalisé. Il est seulement la marque de sa limitation ou de son insuffisance. Il oblige la participation à se dépasser sans cesse. Il atteste l'impossibilité de rien laisser subsister dans l'être qui ne doive devenir pour nous un bien et par conséquent être participé, c'est-à-dire réalisé.