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On comprend maintenant que le monde des valeurs, qui est toujours en corrélation avec l'exercice de notre activité dans le temps, soit un monde hiérarchique dans lequel nous distinguons nécessairement des degrés ou des niveaux différents. On comprend aussi pourquoi il introduit nécessairement une dualité entre le bien et le mal ; car la valeur demande à être affirmée ; mais elle ne serait pas la valeur si elle ne pouvait pas aussi être niée. Et malgré les apparences, il y a solidarité entre l'alternative du bien et du mal, — qui semble être celle du tout ou rien — et l'idée d'une hiérarchie de valeurs. Car c'est parce que la valeur dépend de la volonté engagée dans le temps qu'il y a une échelle des valeurs que l'on peut monter ou descendre. L'opposition du bien et du mal, ou, comme on le dit parfois, des valeurs positives et des valeurs négatives, n'exprime rien de plus que la possibilité qui nous est sans cesse offerte d'une ascension ou d'une chute. Cependant si le bien peut être nié, cette négation, qui ne dépasse pas l'ordre de la participation, ne porte aucune atteinte à l'identité de l'être et du bien : c'est une volonté positive de négation qui exprime la perfection même de notre liberté en tant qu'elle procède de l'acte pur, mais garde cependant dans sa sphère propre une indépendance absolue qui lui permet de le nier sinon comme être, du moins comme bien. Mais nulle volonté, comme on l'a vu dans la critique de Schopenhauer, ne peut trouver en elle des ressources qui lui permettent de se condamner elle-même autrement que par le souvenir qu'elle garde d'une volonté pure dont elle s'est détachée et qui ne paraît étrangère à la conscience que parce qu'elle en est le principe actif et générateur. La faiblesse du pessimisme, c'est d'imaginer que l'homme peut s'élever par son propre pouvoir jusqu'à l'idée d'un bien au nom duquel il veut juger de l'être dont il participe, au lieu de s'apercevoir que cette idée, c'est celle de l'être absolu considéré dans son activité auto-créatrice à laquelle il demeure lui-même toujours inégal et qui le juge.