On ne s'étonnera pas que la valeur par conséquent puisse être retrouvée partout où l'existence est engagée et pour ainsi dire à travers toutes les formes qu'elle peut revêtir. Or l'existence implique toujours l'exercice d'une activité, mais qui est toujours imparfaite, c'est-à-dire corrélative d'une certaine passivité. Et l'on ne peut pas dire que la valeur relève exclusivement de l'activité, car la passivité qui lui répond en exprime le manque, mais aussi le répare en quelque manière : ainsi on dit très justement que tout acte est limité par une certaine donnée. Or il est évident que cette donnée est aussi un don qui mesure sans doute le niveau de l'acte que nous avons accompli, mais traduit aussi ce que par ses seules ressources il était incapable de produire. Ainsi l'invention, par exemple, est toujours en rapport avec l'opération intellectuelle qui l'appelle et qui semble la créer ; et pourtant elle y ajoute, elle la surpasse et c'est pour cela qu'elle a toujours été considérée elle-même comme gratuite. Or la valeur réside, si l'on peut dire, dans une certaine proportion qui peut s'établir entre les choses telles qu'elles sont données et le dessein que notre conscience a sur elles. D'une manière générale, la valeur est le caractère dans les choses qui fait qu'elles méritent d'exister, c'est-à-dire qu'elles sont dignes d'être voulues. Par là se constitue une hiérarchie de valeurs qui est telle que, si elle a pour fondement l'intention de la volonté elle-même en tant qu'elle est tournée vers l'idée du bien, il faut pourtant qu'elle oblige cette intention à se réaliser, c'est-à-dire à ne point demeurer sous la forme d'une possibilité ou d'un vœu. Ainsi s'explique que la valeur se trouve aussi bien dans l'intention, non pas seulement en tant qu'elle est formée, mais aussi en tant qu'elle est accomplie (bien que son accomplissement ne dépende pas de la volonté toute seule), que dans les conditions mêmes les plus humbles qui sont requises par l'existence pour que la conscience puisse se constituer et la volonté entrer en jeu. On comprend maintenant pourquoi la valeur n'est pas seulement pour nous une fin idéale, ou pourquoi elle ne peut être pour nous une fin qu'à condition qu'elle vienne s'achever dans cette fin elle-même, quand on l'actualise et qu'on la possède.