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Cette compénétration du bien et de l'être qui est inévitable si l'être est acte, c'est-à-dire s'il trouve en lui-même sa propre raison d'agir, de telle sorte qu'au lieu de se subordonner au bien ou d'être jugé par lui, c'est lui qui le dicte et qui le juge, rencontre pourtant des résistances dans le préjugé qui fait que l'on considère l'être comme étant lui-même statique, le bien étant au contraire le principe dynamique dont on pense qu'il doit être d'abord étranger à l'être pour être capable de l'attirer et de le mouvoir. Et c'est pour cela qu'à la suite de Platon on se trouve incliné à considérer le bien comme étant au delà de l'être, comme étant une sorte de sur-être que le propre même de l'acte sera de faire être. Mais on peut dire que c'est confondre l'être avec l'existence ou la réalité. On comprend très bien que l'existence, qui est l'être même en tant qu'il est engagé dans la participation, et la réalité, qui est l'être même en tant que participé, ne coïncident pas avec le bien ; toutefois cela apporte précisément la preuve que l'être et le bien ne peuvent être distingués en eux-mêmes, mais seulement dans la perspective sous laquelle on les considère l'un et l'autre. Car nous pouvons dire que l'être, c'est précisément le bien en tant qu'il est offert à la participation et qu'il y a en lui une infinité dans laquelle elle puise et qu'elle n'égale jamais. Nous pouvons dire encore que le bien, c'est l'être en tant qu'il est non pas le produit, mais la source de la participation. Il n'est donc point étonnant que le bien ait pu être considéré comme supérieur à l'être, mais c'est sans doute parce qu'on ne considère rien de plus dans l'être que l'être participé. Au lieu que le bien, c'est l'être même en tant que participable ou la participabilité en tant qu'elle est posée comme une valeur, ainsi que nous le montrerons dans le chapitre suivant. Mais le propre de la participation, c'est en nous donnant l'être qui nous est propre, de faire de cet être notre bien ; ce qui n'est possible que si l'être dans lequel nous puisons le pouvoir de nous faire et qui se fait lui-même éternellement est le bien en acte, loin que le bien soit un modèle extérieur à l'être dont on ne voit ni comment il pourrait subsister en dehors de l'être, ni comment l'être pourrait l'imiter. Aussi faut-il dire que la hiérarchie du monde dans le platonisme est une hiérarchie à la fois selon l'être et selon le bien, encore qu'elle ne puisse altérer ni l'unité de l'être ni l'unité du bien impliquées l'une et l'autre par chacun des degrés de la hiérarchie, qui appelle tous les autres.