Aller au contenu

On pourrait présenter les choses d'une autre manière encore. Car si le propre de l'être, c'est de surpasser la distinction de l'essence et de l'existence, nous avons montré que c'est une erreur sans doute de penser que l'existence réalise un progrès par rapport à l'essence au moment où elle l'actualise. Bien au contraire, il faut dire sans doute que le propre de l'existence, c'est de se donner à elle-même une essence, c'est-à-dire de retrouver un accès vers cet être qui est le lieu même de l'essence. Ce n'est pas à l'essence qu'il appartient de s'existentialiser. C'est plutôt à l'existence qu'il convient de s'essentialiser. Dès lors on comprend que le chemin vers l'essence soit le même chemin que le chemin vers le bien. Et on ne s'étonnera pas que le bien de chaque chose, ce soit aussi son essence. Mais son essence, c'est à elle qu'il appartient de l'atteindre et, si l'on peut dire, de la conquérir. C'est que l'essence se suffit à elle-même, mais non pas l'existence. Et la suffisance de l'être que nous appelons précisément le bien, c'est non pas une solitude morte, mais la possibilité qu'il a de faire participer sans cesse à son abondance sans mesure une infinité d'existences nouvelles auxquelles il permet de constituer en lui leur essence, c'est-à-dire le bien qui leur est propre.