Il est remarquable que la réalité, bien qu'elle soit toujours au delà du moi, n'a de sens que pour lui. Et sa signification est à la fois universelle et individuelle. Elle est universelle précisément parce qu'elle dépasse ma conscience finie et exprime en quelque sorte les conditions de possibilité de la conscience considérée dans toute sa généralité. Mais la réalité est aussi individuelle en ce sens qu'il faut toujours qu'elle soit offerte à un individu selon une perspective qui n'est vraie que pour lui. Cette jonction si étroite de l'universel et de l'individuel est caractéristique de la réalité comme telle. Au contraire l'être ne peut être posé que dans son universalité, il est vrai non abstraite, puisqu'il est indivisible et partout présent tout entier et l'existence, qui est un être de participation, ne peut être posée que dans son individualité, il est vrai non sensible, puisqu'elle ne se distingue pas de l'acte même qui la pose. Mais la réalité est à la fois commune à tous, puisqu'elle est la totalité même de l'être en tant qu'elle apparaît à un individu quelconque et elle n'est rien pourtant que par sa rencontre avec chaque individu particulier, qui lui donne son actualité. Dès lors, ce qui reste le même dans toutes les formes particulières de l'expérience ne peut être précisément que l'abstrait, ou le concept, au lieu que le contenu concret de l'appréhension et qui varie avec chaque conscience affecte toujours un aspect sensible. Or, l'accord entre le concept et le sensible qui a toujours posé un problème si difficile n'est rien de plus que l'accord entre les conditions générales de possibilité de l'expérience en général, c'est-à-dire de l'expérience d'un être fini, qui n'est pas encore tel être fini, et les conditions individuelles dans lesquelles tel un être fini parvient à réaliser son expérience particulière.