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Le problème est d'abord de savoir comment l'opération par laquelle se constitue l'existence a nécessairement comme contrepartie une chose qui lui répond et dont il faut dire qu'elle est donnée au lieu d'être vécue, qu'elle nous vient du dehors au lieu d'être engendrée du dedans. On comprend sans peine que l'intériorité même de l'être ne peut être assumée que par une existence proprement individuelle, mais qui alors est condamnée à demeurer purement subjective et enfermée dans les limites d'une conscience solitaire : de fait, c'est ainsi que l'on se représente presque toujours l'existence quand on la considère dans son intimité, dans ce secret où elle s'affirme avant de se manifester. Pourtant l'existence nous fait pénétrer dans l'être : comment pourrait-elle donc nous en séparer ? En réalité, l'acte de participation est un acte dans lequel je prends indivisiblement la responsabilité du tout de l'être et non pas seulement de l'être qui va devenir le mien ; ou plutôt, l'être qui va devenir le mien, c'est à la fois une perspective personnelle sur le tout de l'être et une contribution personnelle à l'opération par laquelle il se fait être. C'est pour cela que mon existence n'est qu'une existence possible tant qu'elle n'est pas exprimée, ce qui est pour elle s'accomplir ; car cet accomplissement implique qu'elle impose sa marque à cela même qui la dépasse de manière à prendre place dans un monde qui est commun à toutes les existences, et par le moyen duquel chacune d'elles peut agir sur les autres qui deviennent capables d'agir sur elle à leur tour. Telle est la raison pour laquelle l'intelligence et le vouloir apparaissent comme des puissances pures aussi longtemps qu'il n'y a pas un contenu qui vient les remplir : c'est ce contenu qui constitue pour nous la réalité. C'est la matière dont cette forme a besoin et sans laquelle elle demeurerait un appel qui ne trouverait pas de réponse. Aussi longtemps qu'on considère l'existence hors de son rapport avec la réalité, le moi en effet reste vide, déficient, inquiet et misérable : il se réduit au sentiment d'un manque.

On pense qu'il cherche seulement à grandir, c'est-à-dire à reculer ses propres frontières, mais ce qu'il demande, c'est plutôt que surgisse cette donnée qui lui vient du dehors, qui va occuper toute la capacité que la réflexion a creusée peu à peu en lui, et qui s'offre toujours à lui comme un don. Qu'il s'agisse du sensible au moment où le concept parvient à l'étreindre ou de la possession au moment où elle vient combler le désir, dans les deux cas c'est la présence même du réel que l'existence requiert et qui, tout à coup, lui permet de s'actualiser elle-même en s'inscrivant pour ainsi dire dans l'univers.