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De même que dans l'existence, nous saisissons l'être en tant qu'il se manifeste, dans la réalité nous le saisissons en tant qu'il est manifesté. L'existence est inséparable de l'acte de participation : elle est toujours personnelle, subjective et concentrée dans un acte de liberté perpétuellement renaissant, bien qu'engagé dans une situation qui est pour lui une limite et un moyen. La réalité, au contraire, est impersonnelle, objective, valable à la fois pour moi et pour tous et réduite à l'état de donnée que l'on peut observer et sur laquelle on peut agir, mais qui est dépourvue elle-même d'initiative et d'intériorité. Ce qu'il importe d'abord de remarquer, c'est que, bien que l'existence et la réalité ne puissent pas être confondues, elles sont pourtant nécessairement solidaires l'une de l'autre. En effet, l'existence ne s'oppose à l'être que dans la mesure où elle est un être de participation, c'est-à-dire l'être en tant qu'il est assumé par le moi, mais aussi débordé par lui. Aussi, l'existence que le moi se donne à lui-même rencontre partout autour d'elle, dans l'être même où elle s'inscrit, une limite à l'égard de laquelle elle éprouve sa propre passivité, mais qui porte en elle une densité, ou même une opacité qui est imperméable à son opération. Or, c'est cela même que nous appelons la réalité.