Mais je ne puis me contenter d'affronter une existence particulière à l'acte pur en assignant à cette existence le rôle de déterminer pour ainsi dire en lui son essence. Car peut-on concevoir une existence particulière qui soit elle-même dissociée de son essence ? Serait-elle encore une existence, particulière ? Telle est la raison pour laquelle l'existence est considérée en général comme postérieure à l'essence. Pourtant, nul ne peut faire que, dans l'expérience que nous avons de notre existence il n'y ait un enveloppement par la pensée de toutes les essences possibles. Et s'il n'en était pas ainsi, le moi ne serait qu'une chose et la participation ne serait qu'un leurre. Seulement, les caractères propres de l'existence nous obligent à l'engager dans des déterminations sans lesquelles il serait impossible qu'elle se détachât de l'être absolu pour se conquérir en quelque sorte elle-même. Or pour cela, il ne suffit pas de dire qu'elle est astreinte à certaines limitations qui sont liées à l'idée d'un corps ou d'une nature. Il faut dire aussi que l'existence ne peut se donner l'être à elle-même qu'en isolant dans l'être des possibilités qu'elle est encore obligée de mettre en œuvre, — ce qui l'astreint à des conditions temporelles et spatiales sans lesquelles la participation ne pourrait pas se produire. Ainsi le temps est défini lui-même comme le schéma par lequel le possible pénètre dans notre expérience sous la forme d'un avenir qui n'est réalisé que lorsque, après avoir traversé le présent, il est entré dans le passé. Et le possible demeurerait lui-même éternellement subjectif s'il ne venait prendre place dans un monde nouveau distinct du monde de l'être, mais tel qu'il soit commun à toutes les existences, qu'il leur permette de se déterminer les unes les autres, c'est-à-dire d'agir et de pâtir les unes à l'égard des autres ; ce monde est le monde de l'espace. Ainsi on se trouve amené naturellement à considérer le monde de l'existence non seulement comme émergeant hors du monde de l'être, mais comme étant par rapport à lui un monde de manifestation, ce qui est la définition même du monde spatio-temporel.