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Nous aboutissons ainsi à une modification singulière des rapports classiques entre l'essence et l'existence. Car dire que l'essence d'un être, c'est la pensée, c'est dire aussi qu'il exerce un droit de juridiction de toutes les essences possibles, mais qu'il n'en possède lui-même aucune. Ce serait en effet une erreur grave d'imaginer que l'essence de chaque existence se trouvât pour ainsi dire préformée et déjà accomplie avant même que l'existence fût donnée. Si le propre de l'existence était seulement de réaliser une essence déterminée, on ne voit pas à quoi cette réalisation pourrait servir. Mais il en est tout autrement s'il appartient à chaque existence de discerner et de mettre en œuvre dans la totalité de l'être cette possibilité dont précisément elle fera son essence. Or, c'est en effet le rôle de l'existence d'effectuer ce choix. Et cela ne serait choquant que si l'être lui-même était imaginé comme une somme d'essences particulières au milieu desquelles chaque existence irait reconnaître celle qui lui convient, soit en vertu d'une harmonie préétablie, soit en vertu d'une préférence dont l'origine se comprendrait mal si elle n'était pas déjà une expression de l'essence, soit en vertu d'un hasard plus incompréhensible encore. Il est évident qu'il n'y a aucune essence dans l'être avant que la participation ait commencé. Mais l'être lui-même n'est qu'une efficacité souveraine dont il faut dire qu'elle ne porte en elle les essences particulières que comme autant de possibilités qui se distinguent et s'opposent à partir du moment seulement où elles sont évoquées en lui par les différentes existences, dès qu'elles sont elles-mêmes appelées à se faire. On voit donc clairement comment il y a un monde de l'existence et de la participation qui est distinct du monde de l'être et qui en est inséparable, mais qui réside dans la liaison qui pourra s'établir dans l'être entre toutes les formes de possibilité qui auront été isolées, assumées et actualisées.