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Dès lors, au moment où l'existence surgit en se détachant du tout de l'être, ce ne peut être que comme une pensée virtuelle, qui n'est encore la pensée de rien, mais qui est déjà la pensée de tout, c'est-à-dire qui enveloppe en puissance le tout de l'être dont nous savons pourtant qu'en acte il la déborde infiniment. Or par là, nous contribuons à maintenir une consubstantialité fondamentale entre l'être absolu et l'existence du moi qui n'est qu'une partie dans ce tout, mais qui l'embrasse pourtant d'une manière virtuelle. Ainsi, il faut dire au sens strict que l'existence, loin d'ajouter quelque chose à l'être, est un pur pouvoir-être. Ou, si l'on veut, c'est l'être de ce pouvoir-être. Lorsqu'on demande à Descartes en quoi consiste ce « je pense » qu'il vient de découvrir et par lequel il s'affermit de telle manière dans l'être qu'il ne craint pas d'en faire la première certitude ontologique et le fondement de toutes les autres, il nous dit que c'est un être dont toute l'essence est de penser. Mais s'agit-il ici d'une essence ou d'une simple possibilité ? La pensée réside en effet dans une activité qu'il dépend de nous d'exercer ; elle n'est rien que par son exercice même qui fonde précisément son existence, mais une existence qui doit encore s'accomplir, afin de se donner à elle-même une essence.