Cette découverte d'une existence qui ne peut être qu'intérieure à elle-même, qui ne peut pas être séparée de l'acte qui la fait être, qui ne me quitte jamais et qui accompagne toutes les autres, me fait émerger de l'être, ou si l'on veut, me permet d'y pénétrer. Elle m'en distingue par ma propre limitation, mais elle me rend consubstantiel à lui ; elle me définit comme étant la potentialité même du tout de l'être : ce qui est justement le sens que nous donnons au mot pensée, quand nous l'opposons à être. Et il est évident qu'une telle expérience ne peut pas être déduite : mais en vertu de son intériorité, celui qui la fait en crée l'objet du même coup. Mais la notion même que nous avons de l'être n'en peut pas être séparée : celle-ci est découverte en même temps qu'elle comme le fondement de sa compréhension, plus encore que comme le surplus de son extension. Elle a par conséquent une portée métaphysique, d'abord parce que c'est le seul point du monde où sans doute, du consentement unanime des philosophes, nous soyons assuré que l'être et le connaître coïncident, mais aussi parce que l'être dont elle témoigne que nous en faisons partie au moment où nous nous donnons l'être à nous-même n'apparaît pas seulement comme extérieur à moi, ni même comme intérieur à soi, mais comme fondant ma propre intériorité à moi-même, de telle sorte, que par un véritable paradoxe, cette émergence hors de l'être ne me séparait de lui qu'en apparence et comme une condition par laquelle c'était à moi qu'il appartenait, en retrouvant son intériorité, de me donner la mienne. Ainsi le moi s'enracine dans le soi et fait du soi de l'être la substance même de son propre moi.