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De l’esprit il faut dire qu’il est éternel comme il est universel. Et, de même qu’en disant qu’il est universel nous ne voulons dire, ni qu’il est indépendant de toutes les consciences individuelles, ni que les consciences individuelles sont ses parties, mais seulement qu’il habite en chacune d’elles et qu’il est l’activité qui les anime, la lumière qui les éclaire et le lien qui les unit, de même, en disant qu’il est éternel, nous ne voulons pas dire qu’il est indépendant du temps, ni qu’il a une durée illimitée, mais que c’est lui qui permet au moi de penser le temps sans en devenir esclave, c’est-à-dire de se porter toujours au-delà de ce qui est, grâce à la conception d’un possible qu’il dépend de lui de mettre en œuvre, et de ne rien laisser perdre de ce qui a été, grâce à la conservation d’un souvenir qu’il dépend de lui de transfigurer. L’esprit, dans la mesure où il se détache du monde matériel et lui demeure pourtant lié, se meut tout entier dans le domaine de la possibilité et dans celui du souvenir, car il est le passage de l’un à l’autre ou plutôt la conversion de l’un dans l’autre : le lieu de ce passage, le chemin de cette conversion, c’est le monde.

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