Toutes les discussions entre les hommes, qui s’étendent du domaine de la spéculation, qui est celui de la philosophie, au domaine de la pratique, qui est celui de la politique, portent sur le choix que la pensée doit faire entre le matérialisme et le spiritualisme. Le matérialisme a pour lui le témoignage des sens qui n’accordent de crédit qu’à ce que l’on voit et à ce que l’on touche, et le témoignage de la science qui ne veut rien connaître de plus que l’objet, c’est-à-dire tout ce que la mathématique mesure et ce que l’expérience confirme. Ainsi, il semble d’avance avoir partie gagnée. Le spiritualisme invoque le témoignage de la conscience en faveur d’un monde invisible et secret dont on pense qu’il n’a d’existence que pour nous, qu’il n’offre ni résistance ni solidité et qu’il se dissipe dès qu’il commence à se former. Or, un tel monde n’a-t-il pas moins de réalité que le monde physique ? Est-il rien de plus qu’un monde d’apparences et de reflets, une perspective subjective dont notre corps est le foyer ? Ou bien faut-il dire que c’est en lui que réside la réalité véritable et que ce sont les choses qui, n’ayant d’existence qu’en lui et par rapport à lui, doivent être nommées des apparences ou des phénomènes ? Ainsi se constituent deux doctrines de sens opposé dont l’une met l’être du côté de l’objet et considère la conscience comme un mirage, dont l’autre met l’être du côté de l’esprit et considère l’objet lui-même comme un simulacre.
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