Nous arrivons maintenant à cette distinction du sujet et de l’objet que l’on considère souvent comme primitive, alors que l’être les comprend l’un et l’autre dans une présence réciproque et commune, et que la double distinction de l’affirmant et de l’affirmé, de l’être du moi et de l’être du tout, la précède et la dépasse tout à la fois. Car la distinction du sujet et de l’objet n’a trait qu’à une opposition entre le moi et un non-moi auquel nous ne pouvons donner aucune valeur comme soi, mais qui, demeurant à l’état de non-moi, se constitue précisément dans ses rapports avec le moi et prend alors pour lui le caractère d’un objet. Dès lors il faut d’une part que l’objet ait pour moi un caractère d’extériorité et même qu’il soit défini par son extériorité même (ce qui sans doute permet de déduire la notion de la spatialité), et d’autre part qu’il soit pour moi seulement une apparence, ou un phénomène, ou, comme nous le disons, une simple représentation. Il en résulte que l’on ne peut ni le réduire à la subjectivité pure, car il existe pour le moi sans être pourtant un état que le moi s’attribue, ni en faire une simple pellicule à la surface de l’être, car il a un immense arrière-plan qui permet à la connaissance que nous en avons de s’enrichir indéfiniment sans qu’elle puisse jamais franchir l’horizon de la représentation. Or, le propre des objets, c’est de former un monde qui est incapable de subsister par lui-même et qui est corrélatif de l’apparition du moi en tant que celui-ci participe à un être qui le dépasse, mais de telle manière que cet être même, se changeant pour lui en un monde extérieur à lui, devient un pur spectacle pour lui ; c’est ce monde que nous avons sous les yeux, et il ne faut pas s’étonner que son aspect ne cesse de se modifier, de s’appauvrir ou de s’enrichir selon les alternatives de la participation : car il en est en même temps l’image et la mesure.
Supprimer le surlignage