Il est difficile pourtant de ne point considérer l’acte comme se produisant dans le temps. Ne suppose-t-il pas un point de départ, un point d’arrivée et un progrès qui se réalise dans l’entre-deux ? Mais ces distinctions sont le résultat d’une analyse qui porte sur les manifestations de l’acte plutôt que sur son opération. Ce sont les effets de l’acte qui se déploient dans le temps et non pas l’acte lui-même. Ce que l’on peut montrer de trois manières : car, d’une part, le bon sens populaire lui-même accorde que l’acte est origine et premier commencement et pour qu’il le soit, il faut qu’il n’y ait rien en lui de postérieur ou de dérivé. De plus, dire qu’il est origine et premier commencement de tout ce qui se produit dans le temps, c’est impliquer que, dans le temps lui-même, il n’y a ni origine ni premier commencement. — D’autre part, nous savons bien que l’acte, au moment où il s’accomplit, s’accomplit toujours dans le présent. Il est le créateur de la présence, et du même coup de l’existence. Il serait absurde de situer l’acte soit dans le passé, soit dans l’avenir, bien que, dans le présent, en ressuscitant l’un et anticipant l’autre, il leur donne la seule réalité qui puisse leur appartenir. — Enfin, au moment même où on considère l’acte comme étant inséparable du temps, c’est pour le rendre solidaire, non point de la diversité de ses moments, mais de leur transition, dont on peut bien dire qu’elle surpasse le temps ou qu’elle le fonde, mais non point qu’elle s’y assujettit.
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