Mais à cette identification de l’Être absolu avec un acte qui est cause de soi, on opposera sans doute la question préalable. N’y a-t-il pas, en effet, comme on l’a fait souvent remarquer, dans cette expression « cause de soi », une véritable contradiction ? Comment introduire dans l’unité de l’Être cette division qui le rendrait à la fois cause et effet de lui-même ? Là où je dis qu’il est cause, je commets ce cercle de lui attribuer l’existence avant qu’il ne la possède et pour qu’il puisse la recevoir, et même cette existence causale qui surpasse toujours en dignité celle de l’effet qui en découle. Là où je dis qu’il est effet, je lui ôte cette absoluité que je cherche précisément à définir : je pose en lui une dépendance à l’égard d’un être avec lequel, en tant qu’il est lui-même un effet, il ne peut pas être confondu. Cependant, il est évident que c’est là seulement profiter d’un artifice de vocabulaire. Car, en disant qu’il est cause de soi, nous ne voulons nullement distinguer en lui une existence causante et une existence causée, mais isoler l’essence de l’acte tel qu’il transparaît dans la relation causale en le terminant pour ainsi dire à lui-même, c’est-à-dire en le réduisant à son exercice pur. Là est l’être, là est le moi dans la nudité de leur essence auto-créatrice.
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