ART. 8 : La donnée répond à notre opération et l’achève, et la conscience cherche moins à la réduire qu’à la produire.
À partir du moment où la réflexion en s’exerçant nous a mis en présence de la pure activité de l’esprit, la donnée qui, dans l’expérience vulgaire, était considérée comme la véritable réalité, est devenue au contraire une sorte de scandale que l’on s’efforçait toujours de réduire. Mais cet effort s’est toujours révélé inefficace. Le donné ne paraît résister à l’acte de la pensée, que parce qu’il lui répond. Il est une pensée qui s’achève. Si c’est l’exercice de mon activité qui confère au réel son caractère d’actualité, la donnée est une présence qui en est corrélative. Si l’acte participé est toujours inégal à l’acte pur, et s’il garde ainsi un caractère inévitable de vide et d’inachèvement, la donnée qu’il évoque lui assure en chaque point une plénitude concrète et suffisante. Remonter de la donnée jusqu’à l’acte, ce n’est donc pas chercher à la réduire, mais à la produire. Dans sa forme la plus haute, à laquelle on donne le nom d’invention, l’activité de l’esprit multiplie les données et leur confère plus d’intensité et de richesse, au lieu de les décolorer et de les dissiper par l’abstraction. L’intelligence doit se reconnaître en elles en les pénétrant et leur donner leur signification et leur valeur. L’art les renouvelle et les transfigure : il leur donne leur relief et leur éclat. Et la volonté mesure ses succès par le changement même qu’elle introduit parmi les données, sans lequel elle ne pourrait pas prendre place dans le réel, ni dépasser la virtualité subjective, c’est-à-dire la simple intention.
La plus grande difficulté peut-être dans les rapports entre l’activité et la passivité consiste à comprendre que la passivité n’est pas seulement limitative, mais enrichissante. Car au point même où mon activité s’arrête, ce que je rencontre, c’est non point le néant, ni même mon propre néant, mais l’être tout entier dans ses rapports avec moi ; c’est alors précisément que je commence à posséder. C’est pour cela que la perception est orientée vers l’objet, l’intelligence vers l’idée, le désir vers le plaisir, la volonté vers une œuvre qu’elle subit après l’avoir faite. De telle sorte que produire, c’est se mettre toujours en état de recevoir.
Aucun acte que j’accomplis n’a de sens autrement que par une fin qui doit toujours m’être donnée, à l’égard de laquelle je deviens moi-même passif, bien que mon activité alors, au lieu de s’abolir, vienne s’achever en elle dans une sorte d’étreinte. Sans elle l’acte garderait un caractère formel ; l’imagination en lui donnant une sorte de pâture pourrait bien le transformer en désir, il lui manquerait encore le contact du réel, comme si, au moment où nous assumons l’être en nous par une initiative propre, il fallait encore, précisément parce que notre existence est participée, que l’Être y consentît, c’est-à-dire apportât une réponse à une sollicitation que nous lui avons adressée, mais qui seule peut nous affermir en lui et justifier pour ainsi dire l’être même que nous nous sommes donné. L’être passe toujours l’acte que je suis capable d’accomplir : or c’est précisément ce qui le passe qui nous devient présent dans la donnée selon la perspective de cet acte même que nous venons de faire. On ne s’étonnera donc pas que l’acte ne puisse aller jusqu’au bout de lui-même qu’en venant prendre corps dans une donnée, bien que cette donnée elle-même ne puisse pas être séparée de l’acte qui nous permet de remonter jusqu’à sa source, qui lui donne sa signification et son intériorité. L’acte participé est donc à la limite, au point de rencontre et de coïncidence entre une activité dans laquelle il puise et qui ne cesse de l’inspirer par le haut, et une passivité sensible qui s’impose à lui et qu’il ne cesse de subir par le bas, mais de telle manière pourtant que ce qu’elle lui apporte soit toujours en corrélation avec son acte propre, c’est-à-dire avec l’accès qu’au fond de lui-même il aura su donner à l’activité pure.
Il faut garder ce beau mot de donné qui implique toujours la présence d’un don ; on considère souvent le donné comme un point de départ, mais il est aussi en un sens un point d’arrivée, puisqu’il est toujours corrélatif d’un acte que j’ai accompli et même, en quelque sorte, son aboutissement et sa fin. Toute opération de la conscience est donc tendue vers un certain donné qu’il m’appartient précisément de recevoir. Et c’est dans ce donné que l’idée se réalise, autrement on a le droit de dire que ce n’est qu’une idée : c’est l’espoir de ce donné qui soutient le désir ; c’est lui qui est la fin du vouloir qui, autrement, resterait éternellement intentionnel.
On peut se servir ici encore une fois de la comparaison du regard qui tient tout le réel devant lui de telle sorte que, pour peu qu’il fléchisse ou qu’il s’obscurcisse, le réel recule et se dissipe. Et même, ce qu’il en voit, c’est l’obstacle que le réel lui oppose, et qui ne cesse pourtant de lui fournir et de l’enrichir. Il en est de même de l’ouïe, dont les sons que l’on entend viennent rompre et parfois blesser la puissance d’entendre, comme si elle ne pouvait s’exercer avec perfection qu’en écoutant le silence. On ne peut donc tirer la couleur du seul exercice du regard, ni le son du seul exercice de l’ouïe ; l’un de ces termes appelle l’autre, mais comme son complément et son contraire. De même on ne tire pas davantage de la connaissance son objet, ni du désir le plaisir, ni de la volonté la fin vers laquelle elle tend ; l’activité participée vise toujours un but que nous ne pouvons nous donner à nous-même que par l’acte même qui nous le fait recevoir comme un don.
ART. 9 : Bien que la donnée soit une limite de l’acte, l’acte à mesure qu’il s’exerce davantage, l’affine et la multiplie au lieu de la faire reculer et de l’abolir.
Il y a dans le rapport indissoluble qui unit l’acte à la donnée et qui fait que sans la donnée l’acte demeurerait virtuel et que sans l’acte la donnée resterait enfouie dans les ténèbres, un paradoxe qu’il importe d’abord de mettre en évidence. C’est parce que l’acte en effet est seulement participé, bien qu’en droit et dans son essence même il demeure un et indivisible, qu’il y a pour lui une donnée ; car la donnée exprime ce qui subsiste dans la conscience de passivité et, si l’on pouvait dire, ce qui montre le caractère limité de l’opération que nous accomplissons et qui est sans cesse au delà de ses limites. Pour une activité parfaite, il n’y a point de donnée. Dès lors, il semble qu’à mesure que l’activité devient plus imparfaite, le champ du donné doit s’étendre et qu’à la limite, quand cette activité disparaît, le monde doit n’être qu’une donnée pure. Seulement la primauté de l’acte est tellement évidente que, si l’esprit n’éprouve, sinon aucun malaise, du moins aucune contradiction, à imaginer un acte exclusif de toute donnée, c’est-à-dire Dieu sans le monde, précisément parce que la donnée est toujours, par rapport à l’acte, une borne qui semble lui être imposée, il est impossible au contraire d’imaginer une donnée qui ne soit donnée à personne, c’est-à-dire qui ne soit pas actualisée par l’acte même qui trouve en elle sa borne. Bien que la donnée s’oppose à l’acte, c’est donc l’acte même qui lui donne sa réalité comme donnée. Ainsi il est naturel d’imaginer que l’activité, à mesure qu’elle croît, fasse reculer peu à peu la donnée. C’est la thèse que l’on trouve chez les intellectualistes qui la considèrent comme un intelligible confus et dont je n’ai pas encore pris possession : elle devrait à la limite s’évanouir dans un acte qui l’épuise. C’est là faire de la donnée comme une sorte de tache qui serait destinée à disparaître dans le monde réel, s’il pouvait devenir parfaitement transparent pour l’intelligence. Ce qui est, selon nous, une erreur grave. Car la coïncidence de l’acte et de la donnée n’abolit pas la donnée qui, dans cette coïncidence même, répond à l’acte en lui apportant ce qui précisément le surpasse. C’est parce qu’il n’est qu’un acte de participation que l’acte de l’intelligence appelle le sensible sans lequel il demeure formel. Le sensible à son tour présente d’autant plus de délicatesse et d’éclat que l’acte qui le saisit a lui-même plus de force et plus de subtilité ; mais il ne peut être que saisi par nous ; et ni l’attention la plus aiguë ne suffit à le produire, ni le schématisme le plus savant des opérations mathématiques ne réussit à en tenir lieu. Il faut toujours qu’il soit pour nous une rencontre par laquelle l’acte même qui le cherche trouve sa récompense, et prouve en quelque sorte sa valeur ontologique grâce à la possibilité qu’il a de déterminer notre passivité à la fois par ce qu’il est et par sa liaison avec ce qui lui manque.
Au lieu de considérer la donnée comme un terme inintelligible que notre activité cherche à réduire, il faut, puisqu’il n’y a de donnée que pour une activité qui se la donne, que la donnée ait avec cette activité même une certaine affinité. Aussi n’exprime-t-elle pas seulement la limite, mais encore le succès de la participation. Il y a en effet dans tout acte que nous accomplissons un caractère de déficience, et s’il actualise la puissance par le consentement qu’il lui donne, il n’y parviendrait pas par ses seules ressources d’acte participé : c’est qu’il n’est alors qu’un pur pouvoir d’obtenir. Ainsi, dans son pur produit, il cherche autre chose que lui-même. J’ai besoin d’un objet sur lequel mon regard se pose, d’un être différent de moi auquel je puisse adresser mon amour et qui lui réponde. C’est une grande injustice de médire du donné, s’il est vrai, comme on l’a montré, que je cherche toujours moins à le réduire qu’à le produire. C’est légitimement qu’on lui accorde parfois une valeur absolue, bien que ce soit le plus souvent pour de mauvaises raisons. Car il n’est point cette résistance inerte et aveugle contre laquelle je bute et qui opposerait à mon activité impuissante un obstacle impossible à franchir ; il est au contraire un écho que renvoie sans cesse l’acte pur à l’acte participé, toujours en corrélation avec lui, bien que toujours le dépassant. Le propre de cet acte ne peut point être de s’accroître sans cesse, en délaissant ou en absorbant toutes les formes du réel qu’il actualise tour à tour ; c’est au contraire de chercher en elles un répondant et un soutien. L’ambition de la conscience n’est pas d’engloutir le monde dans sa propre solitude, mais de communiquer avec lui dans une sorte de réciprocité où elle puisse aussi demander et recevoir.
Dès lors, on ne s’étonnera pas que le donné, loin de s’exténuer, à mesure que notre activité s’exerce davantage, ne cesse au contraire de s’enrichir : tous les aspects de l’expérience se multiplient, se diversifient et s’affinent. Le moindre geste accompli par nous semble nous révéler une forme du réel qui jusque-là était demeurée ensevelie. On voit se former sur l’univers, dans le domaine intellectuel, esthétique, politique, religieux, une pluralité infinie de perspectives différentes, mais convergentes ; et chacune d’elles acquiert d’autant plus de complexité, de délicatesse et d’unité intérieure que l’activité qui la produit est elle-même plus grande. Au contraire, lorsque cette activité fléchit, toutes ces différences s’effacent, tous les contours s’abolissent, le monde retourne à l’état de nébuleuse.
Le rapport de l’acte pur et du monde donne prise à deux thèses qui paraissent contradictoires : la première que le monde, c’est ce qui manque à l’acte, puisque, si l’on veut qu’il y ait un monde, il faut qu’il y ait une conscience pour laquelle il y a du donné, c’est-à-dire qui participe à l’acte sans pouvoir l’épuiser ; la seconde que ce monde doit nous paraître d’autant plus vaste, d’autant plus varié et d’autant plus plein que l’acte de participation a lui-même plus de force et de délicatesse. Mais elles ne sont sans doute contradictoires qu’en apparence : car le donné qui manque à l’acte n’est que le donné d’une matière opaque et indéterminée ; mais ce donné va recevoir une forme, s’organiser, faire paraître des aspects toujours nouveaux qui raniment sans cesse les démarches de notre vie spirituelle, à mesure même que notre activité s’y applique, le pénètre et le saisit plus étroitement. Le donné n’était d’abord qu’un non-moi immense et anonyme qui devient peu à peu une réalité intime et familière et qui répond par degrés à tous les mouvements de notre conscience et semble pour ainsi dire les épouser.
Cependant il ne faudrait pas oublier que cette extraordinaire prolifération des données, consécutive au progrès d’un acte qui devrait, semble-t-il, les dissoudre, reçoit pourtant une compensation par laquelle la contradiction entre l’acte et les données est tout à la fois retrouvée et surmontée. Il y a une misère de l’esprit qui agit peu et pour qui le monde reste une donnée fruste. Dès que l’esprit s’éveille, les objets viennent peupler l’espace environnant, proportionnellement au degré de présence et au degré de souplesse de l’attention. Mais il arrive que l’attention reste encore serve à leur égard. Et il y a un stade plus haut de l’activité dans lequel les données elles-mêmes sont encore sous nos yeux, bien qu’elles cessent de nous retenir ; à mesure que l’activité devient plus pure et plus parfaite, elle ne trouve plus en elles que l’expression et le véhicule d’une intention spirituelle. On voit donc la distance entre l’acte et la donnée s’atténuer. Les objets particuliers nous intéressent moins par eux-mêmes que par le pouvoir qu’ils nous permettent d’exercer en posant notre regard sur eux. Ainsi l’amour le plus élevé contient en lui la vertu de tous les signes qui le manifestent, et qu’il produit presque sans le vouloir. Et tout le monde sait qu’il y a une activité de l’esprit qui est si simple et si dépouillée qu’elle ne cherche plus cette pluralité et cette richesse des données que poursuit toujours une activité plus impatiente, et qu’elle accueille tout ce qu’elle trouve sur son chemin, non point comme un objet auquel elle s’attache, mais comme une occasion qui l’éprouve, ou une lumière qui la guide. Au plus bas et au plus haut degré de l’esprit, ces données semblent disparaître, au plus bas parce qu’elles ne sont point encore distinguées, au plus haut parce qu’elles sont devenues si transparentes que rien ne subsiste d’elles que l’opération intérieure qui leur donne leur signification.
ART. 10 : L’opposition de l’acte et de la donnée permet de discerner dans la conscience un double appel et une double réponse du réel et du moi.
Les termes acte et donnée n’expriment encore que le schéma idéal de toutes les formes de la participation. Et ce schéma est encore durci par tous ceux qui le réduisent à la relation d’un effort et d’un obstacle ou d’une résistance, qu’ils veuillent par là accroître leur mérite ou justifier leur désespoir. Mais le monde n’a un sens, notre participation à l’Être n’est éprouvée et voulue que si nous sommes capables de discerner partout dans le monde des réponses qui nous sont faites et que nous n’avouons pas toujours, des appels qui nous sont adressés et auxquels nous ne prêtons pas toujours l’oreille. Alors le monde se révèle à nous comme un jeu de correspondances que le propre même de notre conscience est de reconnaître et de notre liberté de mettre en branle.
Il y a quelque chose de vrai dans cette opinion commune contre laquelle pourtant nous nous sommes si souvent élevé, que le réel réside dans l’objet : c’est que nous ne serions nous-même qu’une pure possibilité si notre activité ne venait pas rencontrer pour y prendre place un monde valable pour tous et ratifié aussi par tous. Seulement cet objet, les uns en font un obstacle qui les arrête, et les autres une occasion qui leur est offerte. Nous pensons que le donné est antérieur à l’obstacle ou à l’occasion et ne devient l’un ou l’autre que par une démarche de notre liberté. Dirai-je que l’expérience de cette feuille de papier blanc est pour moi un obstacle ou une occasion ? Elle pourra devenir l’un ou l’autre selon qu’elle s’interpose entre ma pensée et moi, ou fournit à ma pensée un chemin qui la réalise : elle peut devenir une barrière ou un appel. D’une manière générale, on peut dire que l’obstacle se produit de deux manières : soit qu’un terme dans le réel s’isole et devienne indépendant de tous les autres, car alors il bloque le mouvement de mon esprit au lieu de le susciter et d’être une ouverture sur la totalité de l’être ; soit qu’il y ait dans notre activité elle-même une direction déjà déterminée, ou par notre nature, ou par notre choix, et qui vienne se heurter contre une réalité présente, au lieu que cette activité, à mesure qu’elle se détache davantage de la nature et de l’amour-propre, ne doit se déterminer au contraire que par les tâches mêmes que le présent lui propose.
C’est qu’il y a identité entre la découverte de l’Être et celle de notre être propre : il y a donc une erreur à penser qu’ils peuvent s’affronter, puisque c’est dans l’Être que notre être propre se constitue. Il est impossible aussi qu’ils ne puissent point être accordés, bien que cet accord, nous puissions jusqu’à un certain point l’ignorer ou le refuser précisément parce que notre participation à l’Être ne peut résider que dans un acte libre. Mais c’est par un cheminement dans l’Être qu’il découvre et réalise à la fois notre vocation.
Cependant, à l’intérieur de l’Être total, on peut dire en un sens que tous les événements constituent des rencontres dont il nous appartient de reconnaître la signification, afin d’en faire le meilleur usage. Il est trop simple de penser que ces rencontres résultent toujours d’une opposition qu’il s’agit de surmonter. Ou du moins cette opposition n’est là qu’afin d’introduire dans le monde une dialectique vivante qui en fait jaillir à la fois un appel et une réponse. La conscience ne se présente pas sous la forme d’un conflit qu’il dépend de nous de vaincre, mais sous la forme d’un double appel et d’une double réponse entre le réel et moi qui permettent à toutes ses fonctions de s’exercer. Car nous faisons cette expérience que l’appel, ou la réponse, vient tantôt de nous et tantôt des choses, mais que nous ne savons pas toujours ni les reconnaître quand il s’agit des choses, ni les mettre en œuvre quand il s’agit de nous. Il est facile de voir pourtant que le critère du réel et la marque de son unité résident précisément au point où se produit cette réciprocité de l’appel et de la réponse qui, en les empêchant de se confondre et en permettant d’intervertir leur rôle, crée l’intervalle dont la liberté a besoin pour s’exercer et lui donner ce jeu intérieur où tout ce qui dépend d’elle lui paraît à la fois initiative exercée et grâce reçue.
Il est impossible de poser le donné sans poser un être qui donne. On peut dire en un sens que c’est le moi qui se le donne ; mais cela est vrai seulement dans la mesure où rien ne peut être pour lui donné s’il n’accepte de le recevoir. Cependant on ne reçoit rien que de quelqu’un. Et c’est pour cela que le sensible ressemble toujours à une offre que je ne cesse d’accueillir. J’anthropomorphise donc naturellement les choses pour expliquer qu’elles paraissent se porter au devant de moi, m’envoyer des messages, m’adresser des appels, témoigner à mon égard d’une sympathie à la fois affective et significative. Mais je ne pousse pas cet anthropomorphisme jusqu’au bout. Car il n’y a que les êtres qui puissent se donner les uns aux autres ; et le monde sensible est précisément l’intermédiaire par lequel ils communiquent et ne cessent de se manifester les uns aux autres une présence intentionnelle.
Ici encore on voit comme la théorie de la participation suffit à fixer notre position à l’égard de l’idéalisme et du réalisme. Ces deux doctrines dissocient l’acte de la donnée et les réalisent isolément. Mais la vie de la conscience se produit dans l’entre-deux : c’est la participation qui les oppose et qui les unit.