L'étude de l'homme, l'examen de conscience ont pour objet de retenir dans l'existence les moments les plus beaux, cet état de simplicité pure dans lequel toutes ses puissances semblent disponibles sans qu'aucune d'elles ait besoin de trouver un exercice séparé. Dans ce parfait équilibre où l'âme se trouve réduite à sa seule essence, c'est-à-dire à son unique rapport avec Dieu, il ne faut pas dire que l'être semble dépouillé de tout et tourné pour ainsi dire vers une contemplation intérieure sans objet, mais c'est la condition requise pour que chaque chose se montre à elle dans sa plénitude, chaque idée dans sa transparence, chaque être dans son efficacité.
Et la sagesse, c'est de savoir rendre constante cette disposition exceptionnelle qui tout à coup apparaît en nous sans que nous l'ayons cherchée, comme un don, comme une grâce. Il serait vain de penser que la volonté soit capable de la maintenir, car il semble plutôt qu'elle la chasse : mais elle a précisément le pouvoir en s'effaçant de nous permettre de la rendre de nouveau présente : car elle est toujours présente au fond de nous, si nous n'y faisons point obstacle. Que notre amour-propre s'efface et c'est elle qui se montre.
Il faut toujours se tenir aussi près que possible de ce centre le plus secret de l'âme d'où la joie est toujours prête à jaillir. Et c'est sans doute le seul moyen que nous ayons de susciter une communion toujours renaissante entre les autres hommes et nous, de les arracher à la prison de la solitude subjective, de ne point être irrité de ce qu'ils font, de ne point leur faire de reproche, de les accueillir dans un monde dont ils se croyaient eux-mêmes bannis et où sans savoir comment, il leur semble qu'ils s'épanouissent.