Eckhardt dit : « Celui qui prendrait en même temps Dieu et le monde n'aurait pas plus que s'il n'avait que Dieu seul. » Mais cela est difficile à faire comprendre. Car s'il a Dieu seul il a plus que le monde qui n'est que le chemin qui le conduit à Dieu. S'il garde encore un regard vers le monde, le monde le retient et l'empêche de trouver Dieu. Il ne faut pas lui laisser entendre que s'il a Dieu il a aussi le monde, car la possession du monde viendrait peut-être à l'attirer et c'est Dieu qui se retirerait de lui. Il faut dire que s'il a Dieu le monde lui devient inutile et que même à travers le monde c'est de Dieu seul qu'il jouit.
Le commencement de la sagesse c'est de montrer qu'il n'y a rien dans le monde qui puisse trouver dans le monde sa fin véritable. On a assez dit que tout change, que le temps emporte tout, et qu'il n'y a nulle part de port où nous puissions trouver un repos et un abri à la fin de nos tribulations. Encore ne faut-il pas qu'en disant que nous le trouverons un jour au ciel, la foi fasse du ciel lui-même une autre terre où nous jouirions de certains biens qui nous seraient donnés comme des choses. Car le ciel c'est l'esprit que chacun porte en soi et où à chaque instant tout événement vient s'achever et pour ainsi dire se dénouer, nous découvrir sa valeur et son fruit et nous livrer son essence éternelle telle que nous avons su la dégager et la faire nôtre.