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C'est une chose admirable que les choses soient toujours les objets de la connaissance et non point nous-même, que tous les êtres doivent s'aimer les uns les autres et non point s'aimer eux-mêmes. La source de toutes nos erreurs, de tous nos dissentiments, de tous nos malheurs, c'est que nous cherchions à nous connaître plutôt que les choses et que nous pensions à nous aimer plutôt que les autres êtres. Qui s'enferme en soi ne connaît que l'impuissance et le désespoir. Qui se quitte commence l'apprentissage de la joie : et l'univers tout entier remplira peu à peu le vide qui lui a laissé la place.

Encore faut-il éviter toujours de régler mon action à l'égard d'autrui sur ce que je pourrais attendre ou demander à l'égard de moi-même. Car que je puisse songer à l'attendre ou à le demander, cela suffit à introduire dans le critère de l'action, soit à sa source, et dans le modèle que je lui donne, soit à son terme et dans l'effet que j'en attends, une arrière-pensée égoïste qui la disqualifie.

L'idéal serait pour moi de me dépouiller de tout ce que j'ai pour vous. Alors seulement je posséderais un bien que je ne saurais pas acquérir autrement. Les rapports des hommes entre eux n'ont de sens qu'afin de réaliser cette merveille de solidarité où les êtres ont à se créer perpétuellement eux-mêmes par une constante médiation. C'est ce qu'ils font pour autrui qui les fait eux-mêmes ce qu'ils sont. Tel est le secret de la vie morale et le fondement de toute société entre les esprits.

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