Regardons les choses du dedans. Ce bien que je poursuivais autrefois par égoïsme, voici que je le reçois maintenant de vous. Mais comment en jouirais-je de la même manière que si je me l'étais à moi-même donné ? Je ne puis plus m'enfermer en moi pour le posséder. Il est impossible que je ne remonte pas à la main qui vient d'y pourvoir. Et l'auteur même de ce bien me devient tout à coup présent, je n'ai plus de regard que pour lui à travers la chose même que je tiens. Il cessait donc de penser à lui pour penser à moi et je ne pense plus qu'à lui dans cet objet que je viens de recevoir et qui n'est plus rien pour moi par sa substance même, mais seulement par le témoignage qu'il m'apporte et qui vient de lui. Et peut-être faut-il dire qu'en cela seulement consiste la différence de noblesse entre les hommes : que les uns ne regardent jamais dans les choses qu'ils reçoivent que les avantages qu'ils en peuvent tirer et les autres que l'intention qui les a données. Alors seulement aussi les choses visibles reviennent à leur signification véritable qui est d'établir un lien entre les esprits invisibles. Ce lien matériel lui-même se perd, il se fond dans la pensée de celui dont il vient. Sa jouissance elle-même devient plus pure ; je ne me précipite plus sur elle avec avidité. Cette présence inattendue, inespérée, et si contraire semble-t-il aux lois de la nature qui ne suffiraient pas à la produire, crée entre vous et moi une communication spirituelle qui me rend égal à vous, aussi désintéressé à l'égard de ce bien qui vient de vous vers moi, que vous l'êtes à l'égard de ce bien dont vous vous êtes séparé pour moi ; elle nous transporte l'un et l'autre dans un monde spirituel dont le monde matériel nous ouvre l'accès, si nous savons le comprendre et en user comme il faut, c'est-à-dire changer le sens de tous les mouvements qui s'y accomplissent.
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