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Il n'y a personne qui ne pense trouver dans un autre homme un être avec lequel il pourra s'unir. Il existe en chacun certaines aspirations secrètes qui ne montent jusqu'à la surface de la conscience que lorsqu'il commence à les exprimer et à les sentir partagées. Mais la déception se produit vite, soit qu'il s'arrête à considérer ce qui lui est propre et qui le sépare de tous les autres, soit que son regard manque d'une pénétration suffisante pour atteindre ce centre profond de l'existence où ils ont le sentiment de leur commune origine. Aussi est-il naturel que nous cherchions toujours un être privilégié vers lequel nous nous sentions attiré par quelque vocation exceptionnelle. Seulement cet être n'est pas présent avant nous dans le monde, attendant que nous le rencontrions par une sorte de bonheur fortuit et miraculeux. Plus d'un être est mis sur notre chemin qui pourrait devenir celui que nous cherchons pourvu que nous y employions nous-même assez de foi, de douceur et de persévérance. Il en est de l'amitié par laquelle deux êtres peuvent s'unir comme de ces êtres eux-mêmes. Elle est comme eux à faire, plutôt que faite. Comme eux-mêmes, elle est d'abord une possibilité qu'il dépend d'eux de réaliser, une timide proposition qu'il dépend d'eux d'accueillir, un humble commencement qu'il dépend d'eux de conduire jusqu'à son terme.

Faut-il dire que nous avons choisi nos amis parmi les hommes les meilleurs ? Mais avons-nous le pouvoir de les choisir ? C'est la rencontre qui nous les donne. Il en est qui ne font jamais de rencontre. Or tout le monde ne désire pas non plus un ami. « Je n'ai aucun ami », disait Michel-Ange, « et je ne désire pas en avoir ». Il avait le goût de la solitude avec lui-même et avec Dieu. Il n'y a pas d'homme sans doute qui ne nous montre un peu de confiance et d'intimité et ne soit apte à devenir pour nous un ami. Mais l'amitié qui nous donne tant de joie n'est pas aussi facile qu'on le croit. Elle crée des devoirs non pas seulement à l'égard de l'autre, mais à l'égard de nous-même. Beaucoup la craignent ou la rejettent en lui préférant une cordialité plus familière. Cependant à mesure qu'elle s'approfondit davantage, elle abolit le devoir en faveur d'une liberté et d'une grâce naturelle qui font que devant un ami nous sommes plus nous-mêmes que quand nous sommes seuls.

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