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Les êtres que nous trouvons autour de nous et avec lesquels nous sommes appelés à vivre ne sont pas toujours ceux que notre préférence ou l'amitié nous aurait fait choisir. Mais il faut toujours préférer ce que nous avons à ce qui nous manque, le corps qui est à nous et la condition qui est la nôtre à un corps plus puissant ou plus beau, à une condition plus noble ou plus brillante. C'est avec ce corps, c'est avec cette condition que nous nous faisons notre destinée. Et de même nous devons faire l'apprentissage de l'amitié non point avec des êtres d'exception et que nous ne rencontrerons jamais, mais avec notre prochain qui est là devant nous et auquel nous ne pouvons point échapper. Le devoir nous enseigne à nous comporter vis-à-vis de tous les êtres comme Dieu le demande et selon ce qu'il attend de nous. Autrement la volonté serait inutile, le sentiment suffirait à tout.

Est-ce le hasard de la destinée qui nous révèle la rencontre d'un autre être dont la présence, devenue pour nous constante, tantôt borne notre vie de toutes parts et arrête tous nos élans et tantôt dilate chacun de nos états jusqu'aux limites de notre conscience et porte à sa perfection tout acte commencé et que sans son entremise nous n'aurions pas su achever ? Est-ce la liberté au contraire qui sans qu'elle le sache appelle et élit un autre être comme un instrument et un témoin qui découvre et met en œuvre toutes les possibilités que nous portons au fond de nous-même ?

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