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Il y a dans cette expression « un autre moi », et comme le latin semble le dire avec plus de force un alter ego, une sorte de contradiction. La logique ne suffit pas à la vaincre. Il y faut l'amour. Car il n'y a que l'amour qui puisse reconnaître à un autre la même existence qu'à moi, une existence indépendante de la mienne et pourtant dont la mienne dépend et qui sans se fondre avec elle est telle pourtant que je ne vis plus que par elle, de ce qu'elle me donne et de ce que j'en reçois.

Là où il n'y a pas d'amour, il n'y a pas pour moi de prochain : il n'y a que des étrangers, c'est-à-dire des choses.

Il suffit qu'il y ait un seul homme que j'aime dans le monde (ou que j'aie un seul ami) pour être réconcilié en lui avec l'humanité tout entière.

Le difficile est d'apprendre d'abord à supporter les hommes pour apprendre ensuite à les aimer. Et qui aime veut que les autres soient en effet ce qu'ils sont sans avoir à les supporter. Le propre de l'amour, c'est de n'avoir de regard au moins en vous que pour la meilleure partie de vous-même. Il sait la découvrir en vous, même si vous ne la montrez pas, même si vous l'ignorez. En moi, il est une attention toujours en éveil, une exigence toujours présente ; mais cette attention, cette exigence qui me détournent de moi et me tournent vers ce qu'il y a de meilleur en vous, c'est aussi tout ce qu'il y a de meilleur en moi.

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