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Le propre de l'amour, c'est d'abolir les unes après les autres toutes les barrières de la pudeur : mais il fait naître chaque fois une pudeur plus délicate qui rougit d'elle-même et tremble à la fois d'être respectée et de ne pas l'être.

C'est que l'amour est une relation purement spirituelle entre deux êtres. Or on craint toujours qu'il ne s'arrête au corps, c'est-à-dire à l'apparence : mais alors c'est l'être qui se refuse et non pas le corps. Et quand on dit que le corps se donne, le corps n'est qu'un témoin ; mais c'est l'être aussi qui se donne.

La pudeur pourtant met en lumière la vertu secrète de l'inhibition. Et il est presque inévitable que l'homme qui se retient d'agir finisse par découvrir toutes les puissances du monde spirituel. Ce que confirme l'exemple de la pudeur. Si on ne la confond ni avec un moyen de séduction plus subtil, ni avec un combat intérieur qui est une défaite plus grave que la défaite même, elle n'impose une barrière au corps que pour abolir cette barrière qui est le corps ; elle multiplie et affirme mes contacts spirituels avec tous les êtres ; elle est déjà une conquête de l'esprit pur.

Dans l'amour de Dieu comme dans l'amour des autres êtres, celui qui aime semble toujours adresser à l'autre cette muette prière : « Ne me repoussez pas sous prétexte que je ne suis pas encore assez près de vous, et qu'en croyant m'attacher à vous, je m'attache encore à ce qui me sépare de vous. Mais c'est vers vous que je veux aller ; donnez-moi le moindre signe de votre amour pour que ce soit vous enfin que je trouve et que j'aime. »

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