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Celui qui est le plus proche d'eux est souvent celui que les hommes haïssent le plus. Car ils reconnaissent en lui leur image qui les humilie. Et ils craignent toujours que son regard ne les pénètre ou que leur sympathie les diminue. Comment ne pas éprouver de la haine à l'égard de celui qui sait ce que vous êtes parce que vous êtes ce qu'il est, et qui vous voit tel que vous êtes et non point tel que vous voulez paraître ?

Mais l'examen de la haine vérifie assez bien cette identité des rapports avec soi et des rapports avec autrui sur laquelle repose toute notre connaissance de l'homme. Car si celui devant qui on a honte d'être ce que l'on est est presque toujours un objet de haine, il y a en moi aussi un témoin qui a honte de soi et de voir qu'il n'est rien de plus que ce qu'il est ; mais en moi aussi cet autre moi est sourdement haï.

L'hostilité n'est pas toujours un effet de la jalousie. Car il arrive que j'aie autant d'hostilité à l'égard de moi-même qu'à l'égard d'autrui. Je souffre alors de ma misère et de ne pouvoir la relever aux dépens de la vôtre qui, au lieu de l'excuser, la confirme. Mais cette misère même, il faut l'aimer pour la soulager et non point en faire grief à celui qu'elle afflige, que ce soit moi ou un autre, et le transformer en victime. Suffira-t-il de dire que c'est une haine légitime que celle qui hait en vous ce que je hais aussi en moi ? Mais la personne ne doit être qu'un objet d'amour et les puissances du mal qui sont en elle doivent être converties plutôt que haïes. Quand on reproche à autrui de manquer de certaines qualités que l'on n'a pas, mais que l'on voudrait avoir, c'est souvent une hostilité contre soi, mais qui dissimule beaucoup de tendresse à l'égard d'autrui comme à l'égard de soi ; c'est une sorte d'exigence idéale qui est un effet de l'amour plutôt que de la haine.

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