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Il n'y a de haine véritable que celle qui comme l'amour n'a pas besoin de raisons, mais qui transforme en raisons toutes les circonstances et tous les événements, les vertus aussi bien que les vices, les bienfaits ou les préjudices, la sympathie autant que l'hostilité, et le bonheur des autres comme leur malheur. Tout ici leur est prétexte. Et, comme l'amour, il n'y a rien qui ne contribue encore à l'accroître et qui ne puisse se transformer en sa propre substance. L'amour et la haine cherchent toujours à se couvrir de prétextes : mais ils n'en ont pas besoin : car ils visent l'essence et non point les modes. Nous ne reprochons aux hommes ce qu'ils font que pour atteindre ce qu'ils sont.

Et ce qui le prouve c'est que la haine comme l'amour survit à la mort elle-même. Elle suffit à fournir comme l'amour une sorte de preuve de l'immortalité. À la mort l'amour mesure tout ce qu'il a perdu. Mais la haine elle aussi donne toute sa mesure dans le jugement qu'elle porte sur son ennemi, une fois qu'il est mort. Il arrive qu'à ce moment-là surtout, comme le roi devant le cadavre de Guise, elle le trouve trop grand.

Mais s'il est vrai que l'amour et la haine cachent une relation mystérieuse entre les essences particulières, il n'arrive qu'aux plus grands de s'élever au-dessus d'elles, en abolissant tout à la fois cette haine qui oppose les individus comme des ennemis, et cet amour qui les unit comme des complices, pour envelopper tous les êtres dans un amour de charité qui ne connaît plus d'eux que leur commune origine et leur commune destinée.

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