Aller au contenu

Il arrive qu'il y ait entre les hommes un accord purement négatif et apparent qui se fonde moins encore sur cette séparation où chacun tolère l'autre parce qu'il l'ignore que sur cette honte et ce défaut de courage qui aboutit pour chacun d'eux à s'effacer, à s'abolir, à retourner vers cet état d'indifférence qui est celui de l'existence pure avant que les individus aient commencé à l'assumer.

Cependant il faut apprendre à supporter la présence des autres hommes avant d'apprendre à les aimer. Et ce n'est pas toujours facile. Mais c'est le premier pas qu'il faut franchir. Ensuite seulement on pourra viser plus haut.

Le difficile c'est d'accepter d'abord qu'ils diffèrent de nous. Car de les vouloir comme différents de nous, c'est trop demander puisque c'est cela même qui s'appelle les aimer. Et si nous ne pouvons pas les aimer, à défaut de les haïr, c'est-à-dire de désirer les anéantir, il faut leur laisser une place dans le monde où nous vivons. C'est donc toujours un bon signe de voir les faiblesses des autres sans leur en vouloir. Autrement c'est la nuit ou la guerre.

Il faut même s'attendre à voir les autres hommes nous repousser jusque et surtout dans les parties les meilleures de nous-même. Sans cette précaution, on se trouve sans défense, prêt à tous les doutes et à tous les découragements. Leurs calomnies elles-mêmes nous instruisent : car elles nous révèlent comme proche de nous et même comme déjà présent en nous à l'état de germe ou de simple possible un mal ou un péril que sans elles nous n'aurions point soupçonné.

Supprimer le surlignage