L'indifférence parfaite ne comporte pas de degrés. Mais elle n'est qu'une limite difficile à atteindre : l'opinion nous retient toujours par quelque fil. Et elle est plus méritoire encore à l'égard de l'estime que l'on nous rend qu'à l'égard du mépris dont on nous accable.
La valeur même d'un homme s'exprime par la manière dont il réagit devant la haine. La grandeur de Socrate, ou de Jésus se reconnaît surtout à la manière dont ils supportent l'injustice de leurs ennemis.
Celui qui craint d'affronter la haine d'autrui ne peut rien.
Le mal de la calomnie, dit saint François de Sales, ne se guérit jamais si bien qu'en méprisant le mépris et en témoignant par notre fermeté que nous sommes hors de prise.
Il y a une certaine pureté, une certaine intransigeance, une certaine inaccessibilité spirituelle qui provoque les outrages et le mépris, au lieu de les repousser. Il ne faut point les craindre, ce qui est un effet de la lâcheté, ni s'en réjouir, ce qui est un effet de l'amour-propre. Il faut leur demeurer insensible. De là le mot d'Isaïe, ch. L. 7 : « C'est pourquoi j'ai rendu mon visage semblable à une pierre très dure et je sais que je ne serai pas confondu. »