Le dissentiment entre deux êtres s'accuse comme irrémédiable lorsque au moment où l'un avoue presque sans le vouloir son intérêt le plus secret l'autre se sent lui-même à son égard d'une incomparable froideur.
L'indifférence peut être considérée comme un remède à la jalousie. Mais il faut se méfier de cette fausse indifférence qui est un effet de l'amour-propre et consiste à mettre à néant les biens que l'on n'a pas tant on juge comme au-dessus d'eux tous les biens que l'on a.
Il vaut mieux avoir auprès de soi quelqu'un qui ne pense rien ou de tout autre chose que quelqu'un qui pense les mêmes choses, mais dans une perspective toute différente. Car nos pensées ont vite fait alors de se croiser et de s'entraver. Elles cèdent rapidement la place à tous les mouvements de l'opinion et de l'amour-propre. Au contraire, la présence de quelqu'un qui ne pense rien et se contente de vivre, ou de quelqu'un dont les pensées sont très éloignées des nôtres et qui semble appartenir à un autre monde nous prête souvent un appui silencieux comme la nature, sur lequel notre regard intérieur lui-même aime parfois à se poser.