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Le pardon met en jeu la relation du présent avec le passé et ce pouvoir miraculeux du souvenir, non pas d'effacer le passé, mais de le transfigurer, et même d'en changer le sens.

Cependant on ne pardonne vraiment que si l'on sent aussi que l'on a besoin d'être pardonné. Il est très délicat de faire sentir à un autre qu'on a eu des torts à son égard et qu'on le reconnaît. En s'humiliant on l'humilie aussi. On n'agit jamais avec assez de discrétion. On aggrave presque toujours par un excès de zèle la faute que l'on voulait réparer. Il faut toujours ménager le pardon que l'on demande pour ménager celui à qui on le demande, et le pardon que l'on accorde pour ménager celui à qui on l'accorde.

Là est le véritable pardon qui opère une véritable transmutation du mal même qu'on nous a fait. Il le purifie et l'éternise, au lieu de l'ensevelir dans un oubli.

La faute même que les autres ont pu commettre à notre égard crée entre nous et eux un lien de chair plus étroit, que le pardon spiritualise.

Il n'y a point de bassesse qui, si on la comprend, ne puisse être pardonnée.

On ne s'étonnera pas que tout le monde pense d'abord à punir le coupable plutôt qu'à le convertir. Car, au moment où il le punit, il s'élève au-dessus de lui, il éprouve sur lui un ascendant moral que confirme encore l'ascendant physique dans la douleur qu'il lui inflige. Son amour-propre parle autant que la justice. Mais s'il le convertit, il l'égale à lui, il perd tout avantage, il peut se sentir dépassé par cette transmutation intérieure dont il n'aurait pas toujours été capable.

Il n'y a point de faute qui n'engendre naturellement une douleur : nul n'a le pouvoir de pardonner qui n'est prêt à prendre sur soi à la fois la douleur et la faute.

Il y a partout autour de nous un mal qui règne dans le monde, que l'on ne songe qu'à maudire et à punir et qu'il faudrait savoir accepter, soulager et réparer. C'est là ce qu'exprime ce beau mot de miséricorde. Dès que la misère d'autrui, la souffrance, le malheur ou le vice, touche notre cœur, comment n'engendrerait-elle pas la miséricorde ? Mais tout être fini est plein d'amour-propre et de rancune. La miséricorde est pour lui la vertu la plus difficile. Il n'y a que Dieu qui puisse être parfaitement miséricordieux et nous ne cessons pas d'appeler sur nous sa miséricorde et de nous confier à elle.

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