Aller au contenu

Deux êtres ne peuvent pas communiquer avant qu'il y ait entre eux une confiance mutuelle. Mais en quoi consiste cette confiance même ? Elle est comme une possibilité pour chacun d'être soi plus véritablement que quand il est seul, de voir tomber toutes ces barrières que la solitude élevait autour de lui, de trouver une puissance d'accueil dans laquelle il se dilate et il est reçu.

Mais dans cette confiance même, chacun cesse de penser à soi ou à l'autre. Tous deux n'ont de regard que pour la vérité spirituelle. Ils cessent de surveiller leurs propres démarches ou, ce qui revient au même, ils n'ont d'attention que pour elles, mais c'est parce qu'ils cherchent à discerner en elles autant de traits qui ont cette vérité seule pour cible.

Il ne manque à certains hommes qui s'enferment dans une solitude jalouse et hargneuse que d'avoir rencontré quelqu'un qui leur donne cette confiance et cette ouverture qui leur manquent pour qu'ils apparaissent tels qu'ils sont, c'est-à-dire débordants de vie et de joie, d'ardeur et de charité.

Nous n'avons point d'autre appui que la confiance d'autrui et par conséquent il faut toujours en devenir digne. Dans la confiance que l'on accorde à un autre on a toujours peur d'être dupe : mais cela est rare ; car la confiance accordée à qui nous trompe le fait hésiter et souvent le change.

Cependant il y a une confiance qui n'est qu'une sorte de science : c'est là où nous sommes en présence de quelqu'un dont nous savons qu'il est raisonnable ou qu'il est fidèle ou qu'il agit toujours par devoir. Mais cette confiance comme le respect ne produit jamais un acte d'amour. Elle nous rassure, mais elle ne s'engage pas, elle nous sépare plus encore qu'elle ne nous unit, elle empêche la communication, elle la rend inutile. Elle ne produit aucun risque : ce n'est que la confiance dans les lois de la nature.

Supprimer le surlignage