Les relations avec autrui sont de l'essence la plus délicate car elles mettent en jeu non pas seulement les paroles, les actions mais encore les différentes espèces de silence et l'exercice mutuel de nos puissances les plus mystérieuses.
Le recours au silence est le signe de l'inutilité des paroles et la mesure de leur impuissance, soit parce que la communion est devenue parfaite et n'en a plus besoin (il arrive même qu'elles la troublent au lieu de la servir), soit qu'elles accusent et aggravent une séparation qui d'emblée est irréparable. Le silence est alors une sorte de palliatif. Ainsi, la conversation doit s'interrompre dès que l'on ressent le moindre sentiment d'amour. Et si elle se poursuit, ce n'est plus qu'une apparence qui le dissimule au lieu de l'exprimer.
Il n'y a de vraie conversation que là où l'on peut s'entendre à demi-mot : il faut qu'elle reste toujours à la lisière de l'intimité et du silence. Quand je parle avec ironie il faut que vous soyez très attentif. Car il s'agit assurément de choses très intimes dont je ne saurais pas parler autrement.
Les relations les plus intimes sont difficiles elles-mêmes à supporter s'il ne s'y mêle pas un brin d'humour où l'individu se détachant pour ainsi dire de ce qu'il ressent refuse d'en être dupe et ne cesse de reconnaître l'imperfection de son état.