Aller au contenu

Le plus grand art est de savoir produire entre les hommes une communication réelle. C'est là l'effet d'un don ou d'une grâce. Et le propre de l'art, c'est de savoir éveiller ce don ou cette grâce qui sont toujours en attente au fond de notre conscience, ce n'est pas de chercher à les surprendre ou à les forcer ou à les imiter car il accuse alors leur absence. Il y a toujours un point où la communication se refuse, soit qu'il y ait de notre faute ou de la faute d'autrui. Alors pour ne pas la corrompre ou la convertir en son contraire, il faut savoir s'abstenir et s'éloigner. C'est à la fois une marque de discrétion et de charité.

La discrétion est un art délicat qu'il faut savoir porter jusqu'à l'indifférence, mais qui en est le contraire. C'est une indifférence attentive et toujours prête à se rompre. L'intérêt que l'on prend à quelqu'un qui entend garder son secret et ne le livrer qu'à celui qu'il a choisi, est plus oppressif que la haine et nous fait paraître l'indifférence comme une charité véritable.

Il y a une inviolabilité de l'intimité et de la liberté à la fois en soi et en autrui qu'il faut savoir respecter sans que pourtant elle produise en nous l'indifférence, ni la dureté, ni la froideur. Mais la frontière est subtile et on la passe aisément dans les deux sens.

Il est difficile aux plus sages mêmes de ne jamais faire abus vis-à-vis d'autrui de leur force ou de leur vertu. Il y faut beaucoup de ferveur et de charité.

Il ne faut point solliciter ni provoquer l'intimité quand elle se refuse ou qu'elle tarde à se produire. L'amitié, l'amour, et cette entente spirituelle si parfaite et si silencieuse qu'elle ne mérite ni l'un ni l'autre de ces deux noms, ne peuvent point être l'effet de la volonté. Car là où l'action est la plus pure, il semble qu'elle se fasse sans nous : nous n'avons qu'à l'accueillir ou à la recevoir.

Il n'y a de rapport véritable entre les hommes que par un consentement mutuel qui ne peut pas être forcé. Mais le miracle, c'est quand sans être forcé, il ne peut pourtant être refusé. C'est dire que les hommes accordent trop d'importance à la volonté. Encore quand ils parlent de bonne volonté ont-ils plus de modestie car ils limitent cette volonté à un consentement qu'ils se bornent à accorder. Tout doit se réduire pour nous à un effort d'attention qui cherche à reconnaître dans le monde un ordre profond, un accord mystérieux entre les essences.

On corrompt souvent les relations avec les autres personnes lorsqu'on exige d'elles ce qu'elles ne peuvent pas porter. C'est charité de ne pas les obliger à sortir de leur propre niveau. Le problème est de déterminer le point jusqu'où peut aller ma communication avec un autre être et de ne jamais le passer : si je le passe, je la romps. Il ne faut point demander trop tôt à autrui les marques d'une sympathie que l'on ne ressent point encore pour lui ou dont il semble seulement qu'elle est possible ou qu'on la désire. C'est souvent l'empêcher de naître.

Supprimer le surlignage