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Il n'y a point d'autre honte que celle d'avoir un corps qui nous met sous le regard d'autrui et nous livre à ses prises. Mais c'est là aussi la source de notre vanité. Mais ce qui est plus honteux que ce dont on a honte, c'est la honte qu'on en a.

C'est par la seule apparence de leurs corps que les hommes dès qu'ils se rencontrent se sentent aussitôt séparés ou unis, ennemis ou amis, habitants du même monde ou de deux mondes lointains. Ce sont là de très grands signes qu'il ne faut pas rabaisser. Le corps, c'est l'esprit visible qui me découvre sa présence, et qui en s'incarnant se montre et agit.

La vue ne nous livre pas la réalité du corps. On dit qu'elle ne nous découvre que son apparence : car elle suppose la distance au lieu de l'abolir ; mais elle nous préserve ainsi de la grossièreté du contact matériel. Elle transfigure la matière de manière à en faire une pure image déjà spirituelle, presque une idée. Qu'est-ce que l'idée selon l'étymologie sinon le visible, un visible auquel s'applique le regard de l'esprit et non plus de l'œil ? Mais le passage de l'un à l'autre est presque insensible, non pas seulement par métaphore : il suffit que l'objet s'éloigne un peu davantage, et déjà la lumière qui nous découvre la matière en la découvrant la dissout. Mais la lumière de l'esprit convertit l'image de l'objet en idée pure.

Et de tout le réel on peut dire ce que Bergson dit avec beaucoup de délicatesse bien que dans un langage un peu romantique, d'une physionomie, que l'on ne peut la voir dans toute sa perfection que comme un beau vase d'albâtre, quand elle est éclairée de l'intérieur.

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