Il ne faut pas mépriser l'élégance, dont tout le monde sent bien qu'elle est intérieure et extérieure à la fois. L'une cherche seulement à exprimer l'autre, mais l'imite aussi et la trahit. Sans doute, dira-t-on, ce n'est qu'une apparence et sous sa forme la plus parfaite elle ne laisse voir aucune recherche. Mais cette recherche elle-même dépend de nous, il ne s'agit point de l'exclure. Elle peut être sans doute un effet de l'amour-propre et du désir de montrer une façade qui plaise. Mais cela même ne doit pas être méprisé. Il n'y a point d'homme qui n'ait à se défendre contre la nature et le laisser-aller. Les autres n'ont de rapport avec moi que par cette apparence que je leur montre. Elle témoigne à la fois du respect d'autrui et de soi. Et dans le désir de plaire il y a un amour du prochain autant que de nous-même. Et il ne faut pas dire qu'il suffit de reproduire fidèlement l'image de ce que je suis. Ce que je suis c'est aussi ce que je veux être. Et en agissant sur le dehors j'agis aussi sur le dedans. Il y a là un cercle qui toujours recommence. Et notre mise elle-même témoigne comme notre conduite du dialogue entre la nature et le vouloir qui traduit notre vie intérieure et l'oblige à se réaliser, c'est-à-dire à être. Nous passons notre vie à réparer la misère de notre état. Il arrive que les hommes ne connaissent de nous rien de plus que l'apparence : mais dans cette apparence ils ne cherchent pas seulement le témoignage de ce que nous sommes, mais de notre disposition à leur égard. Ainsi l'élégance, comme la politesse peut témoigner de trop d'artifice, d'une volonté de plaire qui dépasse les raisons de plaire, et d'un intérêt pour nous-même qui dépasse notre intérêt pour autrui. Mais il arrive que ce soit l'inverse, qu'il y ait dans quelque être une distinction et une délicatesse si naturelles et si profondes qu'elles surpassent tous les efforts de la volonté et les font paraître tout à la fois impuissants et inutiles.
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