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La sociabilité est une forme de divertissement qui remédie, selon Pascal, à cet ennui qui saisit tous les hommes quand ils sont seuls. Mais il arrive aussi que ce soit la société des autres hommes qui devienne pour moi une source d'ennui : et c'est toujours ensemble qu'ils s'ennuient le plus. Il semble que l'on puisse expliquer autrement les avantages de la sociabilité. Elle donne aux hommes une sorte de sécurité, elle les détourne de la solitude dont ils ont peur parce qu'elle les livre à l'inconnu du dehors et du dedans contre lesquels ils cherchent toujours un appui. Cet appui est presque physique et il suffit qu'il leur apporte l'oubli de leurs soucis. En réalité, le solitaire assume sa vie tout entière, l'homme social en remet toujours en partie le soin à d'autres.

Il y a beaucoup de vanité dans le mouvement qui nous porte vers autrui par l'incapacité où nous sommes de demeurer avec nous-même. Et c'est pour cela qu'on n'a souvent avec autrui que des rapports de surface : le divertissement ne va point au-delà. Il arrive que cette activité de l'esprit provoquée par la présence des autres ressemble à un feu que le vent fait flamber et qui tombe presque aussitôt en ne laissant après lui que des cendres.

Il faut éviter toutes les communications superficielles et qui n'intéressent que l'apparence. Elles nous trompent sur les véritables, elles les empêchent et souvent elles nous suffisent et en tiennent lieu. C'est là une chute à laquelle il arrive que succombent les meilleurs. Mais c'est là dans la vie la vraie capitulation. Et si le mot de bourgeoisie a un mauvais sens, c'est celui-là. Mais le propre de l'aristocratie véritable, c'est de ne point se contenter de la surface ni de l'apparence, c'est de savoir que le degré de profondeur de nos relations avec autrui traduit avec fidélité le degré de profondeur de nos relations avec nous-même.

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